Abstract :
[fr] La Drépanocytose est l’une des maladies génétiques héréditaires les plus répandues au monde. Elle est caractérisée par une mutation du gène codant la chaîne β de l’hémoglobine, conduisant à la production d’hémoglobine S (HbS), dont la polymérisation favorise la falciformation des globules rouges, leur hémolyse prématurée, ainsi que le développement d’un stress oxydatif, d’une inflammation chronique et de crises vaso-occlusives.
À Kisangani où la prévalence est particulièrement élevée en République démocratique du Congo, la prise en charge repose essentiellement sur des traitements symptomatiques incluant les antalgiques, les antianémiques, la transfusion sanguine, la supplémentation en zinc et en acide folique, ainsi que la vaccination et l’antibioprophylaxie par pénicilline. L’accès limité aux thérapies conventionnelles conduit les populations à recourir largement aux plantes médicinales. Cette étude vise à répertorier ces plantes, à évaluer la plus-value des pratiques empiriques associées et à explorer des approches innovantes pour optimiser leur efficacité.
Une enquête ethnobotanique menée à Kisangani a permis d’identifier les plantes utilisées dans la prise en charge traditionnelle de la drépanocytose ainsi que les additifs couramment associés à leur préparation, dont l’impact sur les activités biologiques des extraits a ensuite été évalué. L’utilisation traditionnelle de cendres, riches en éléments minéraux, dans le but présumé d’améliorer l’efficacité des préparations végétales a notamment suscité l’intérêt d’explorer l’association entre éléments métalliques et métabolites végétaux.
Dans cette perspective, le zinc, couramment proposé en supplémentation, dont la biodisponibilité orale peut varier selon la forme chimique administrée, a été retenu pour développer une approche basée sur la synthèse verte de nanoparticules d’oxyde de zinc (ZnONPs). Cette stratégie visait à optimiser les effets biologiques du zinc tout en associant les propriétés biologiques des métabolites végétaux qui ont participé à la formation et à la stabilisation des nanoparticules. L’influence du pH de milieu de synthèse sur les caractéristiques et les activités biologiques des ZnONPs a ainsi été étudiée. Parallèlement, une seconde stratégie reposant sur la formulation de systèmes lipidiques sous forme de phytosomes a été explorée afin d’optimiser les propriétés des métabolites végétaux, en comparant des formulations conventionnelles et PEGylées.
L’enquête a permis d’identifier 45 espèces végétales, souvent associées à des additifs tels que la cendre, le sucre, le jus de citron et le caramel, dans le but d’améliorer leurs effets biologiques. Hibiscus tiliaceus L. a été sélectionnée comme modèle expérimental. Les analyses ont mis en évidence la présence de la rutine et du kaempférol-3-O-rutinoside, associés à des activités antioxydante, anti-inflammatoire et antifalcémiante, tandis que l’extrait total a présenté une activité antianémique. Le sucre et le caramel ont entraîné une diminution marquée des activités biologiques, allant jusqu’à induire un effet pro-oxydant contrairement à la cendre et au jus de citron qui n’ont pas modifié significativement ces propriétés.
Les ZnONPs obtenues par synthèse verte ont présenté des activités biologiques globalement plus favorables que celles obtenues par voie chimique. Le pH du milieu de synthèse s’est révélé déterminant pour leur composition, une augmentation du pH favorisant l’incorporation du zinc au détriment des polyphénols associés. L’analyse des quantités de zinc et de polyphénols effectivement apportées lors du test antianémique a toutefois montré que la réponse observée n’était pas directement proportionnelle à la quantité de chacun de ces constituants pris isolément. Une meilleure récupération du taux d’hémoglobine a été observée pour les formulations présentant un rapport zinc/polyphénols d’environ 3:1 (ZnONPs à pH 6,4), suggérant que l’équilibre entre ces deux composants pourrait jouer un rôle important dans l’activité antianémique.
Les nanoparticules lipidiques (phytosomes) ont également permis une amélioration significative de l’activité biologique (p < 0,004), sans différence notable entre les formes conventionnelles et PEGylées, bien que ces dernières aient présenté une meilleure stabilité et une taille de particules plus réduite.
La formulation de nanoparticules apparaît ainsi comme une approche prometteuse pour optimiser les effets biologiques des principes actifs. Toutefois, la maîtrise des paramètres de formulation demeure essentielle afin de garantir l’efficacité, la stabilité et la reproductibilité des systèmes nanoparticulaires développés.