conditions de travail; qualité de l'emploi; emploi
Abstract :
[fr] Une image contrastée de la qualité de l’emploi et du bien-être
Les résultats dressent une image contrastée. Si certaines caractéristiques de l’emploi montrent des améliorations, plusieurs indicateurs signalent toutefois une détérioration de la santé et du bien‑être des travailleurs.
L’une des constatations les plus marquantes est la forte augmentation des troubles musculosquelettiques (TMS). En 2024, 79 % des travailleurs déclarent avoir souffert d’au moins une plainte TMS au cours des 12 derniers mois. Les douleurs au dos, au cou et aux épaules sont particulièrement fréquentes, et un nombre croissant de travailleurs déclare cumuler plusieurs plaintes. Les femmes, les travailleurs plus âgés et les personnes moins qualifiées apparaissent comme des groupes particulièrement vulnérables.
La situation est également préoccupante en matière de bien‑être mental. Après un pic en 2015, les données de 2024 montrent un recul important, avec des niveaux élevés de stress et d’épuisement mental. Les femmes, les travailleurs âgés de 45 à 54 ans, les personnes plus diplômées et les travailleurs du secteur public sont particulièrement touchés.
Six profils de qualité d'emploi
Le rapport adopte une approche globale de la qualité de l’emploi et distingue, au moyen d’une analyse de clusters, six profils de qualité du travail et de l’emploi en Belgique :
Travail enrichi et de bonne qualité (11%)
Travail autonome (22%)
Travail à forte représentation collective (20%)
Travail équilibré (25%)
Travail digital intensif (12%)
Travail de mauvaise qualité (11%)
Les travailleurs relevant des profils « travail enrichi et de bonne qualité » et « travail autonome » obtiennent systématiquement les niveaux les plus élevés en termes de santé et de bien-être psychologique. À l’inverse, le « Travail digital intensif » et, plus encore, le « Travail de mauvaise qualité » sont associés à des niveaux bien-être physique et mental significativement inférieurs.
Numérisation : bien plus que la technologie
Un chapitre distinct est consacré au rôle des technologies dans l’évolution du travail. Les résultats montrent que la numérisation conduit rarement à une suppression de tâches, mais plus souvent à une restructuration du travail. De nombreux travailleurs indiquent que la technologie engendre de nouvelles tâches, telles que la coordination, l’administration, le suivi et la communication.
Le rapport met en évidence le risque de « travail invisible », souvent peu reconnu, mais susceptible d’accroître la charge de travail et de fragmenter l’attention.
La discussion générale du chapitre invite à dépasser une opposition simpliste entre progrès technologique et risques. Ce n’est pas la technologie en tant que telle, mais bien la conception socio‑ organisationnelle de la numérisation qui s’avère déterminante pour la qualité de l’emploi. L’objectif ne doit donc pas être seulement de moderniser les outils, mais de faire en sorte que la transformation numérique améliore réellement et durablement la qualité du travail.
Travailleurs plus âgés et travail soutenable
La recherche accorde également une attention particulière aux conditions de travail des travailleurs âgés. Les travailleurs de 50 ans et plus sont, en moyenne, moins exposés à une charge de travail élevée et à des contraintes physiques lourdes, même si des disparités importantes existent entre hommes et femmes et que plusieurs points d’attention demeurent.
Le rapport souligne l’importance d’adapter les conditions et l’organisation du travail à l’avancée en âge. La réduction des contraintes physiques et des contraintes temporelles, la prévention des troubles musculosquelettiques et la facilitation des trajectoires internes vers des postes moins éprouvants constituent des leviers essentiels.
Travail précaire et travailleurs vulnérables
Enfin, l’étude examine la prévalence et la répartition du travail précaire et des travailleurs vulnérables. Le travail précaire est appréhendé selon six dimensions, en tant que concept multidimensionnel comprenant différents aspects défavorables des conditions d’emploi et des relations de travail.
Les jeunes, les personnes peu qualifiées, les travailleurs issus de l’immigration, les travailleurs occupant des emplois de service ou des professions élémentaires, ainsi que ceux travaillant dans de petites organisations, présentent systématiquement des niveaux plus élevés de précarité. Le travail précaire est étroitement lié au contenu et aux conditions de travail : faible autonomie, appréciation plus négative de la qualité du management, soutien social limité, complexité des tâches réduite et exposition accrue aux troubles musculosquelettiques.
Disciplines :
Human resources management
Author, co-author :
Thil, Laurène; KU Leuven - Catholic University of Leuven > HIVA
Széker, Lise; KU Leuven - Catholic University of Leuven > HIVA
Vandekerckhove, Sem; KU Leuven - Catholic University of Leuven > HIVA
Lenaerts, Karolien; KU Leuven - Catholic University of Leuven > HIVA
Nguyen, Kim-Long; ULB - Université Libre de Bruxelles
Verdonck, Magali; ULB - Université Libre de Bruxelles
Çaliskan, Sara ; Université de Liège - ULiège > HEC - Ecole de gestion de l'ULiège > Master scienc. gest. fin. spéc. man. org. dyn. soc.
Pirsoul, Thomas ; Université de Liège - ULiège > HEC Liège Research > HEC Liège Research: Changing workplace and strategic HRM ; Université de Liège - ULiège > HEC Liège : UER > UER Management : Leadership and organizational behavior
Parmentier, Michaël ; Université de Liège - ULiège > HEC Liège Research > HEC Liège Research: Changing workplace and strategic HRM ; Université de Liège - ULiège > HEC Liège : UER > UER Management : Leadership and organizational behavior