Abstract :
[fr] La production correcte et intelligible de la parole est un vecteur d’intégration sociale, de communication, de réussite scolaire et de qualité de vie. Pourtant, les trajectoires développementales ne sont pas identiques chez tous les enfants. Certains suivent des trajectoires atypiques qui les exposent à un risque de troubles des sons de la parole (TSP). Bien que la prévalence des TSP avoisine les 10 % à l’âge préscolaire, des lacunes importantes persistent dans notre compréhension de ces troubles. Ces défis sont particulièrement marqués dans le contexte francophone, où tant les outils d’évaluation que les études empiriques demeurent rares comparativement aux contextes anglophones. Notre thèse cherche à répondre à certains besoins cliniques des logopèdes en contexte francophone, tout en élargissant nos connaissances fondamentales des TSP. Notre thèse comprend deux volets complémentaires : (1) un volet de prévention visant à améliorer le dépistage et le diagnostic précoce des TSP, englobant des aspects de santé publique ; (2) un volet fondamental qui examine la relation potentielle entre les TSP et les fonctions orofaciales non verbales.
Le premier volet a été motivé par le constat que le contexte francophone manque d’outils de dépistage et de prévention des TSP à l’âge préscolaire. Trois études de notre thèse sont consacrées au développement et à la validation de méthodes de prévention. Nos résultats ont permis de proposer une nouvelle mesure de dépistage rapide et facilement applicable, fondée sur les inquiétudes des parents et des enseignants ; un nouvel outil de dépistage précoce (la version francophone validée de l’ « Intelligibility in Context Scale ») ; ainsi que de nouvelles normes pour deux outils destinés au diagnostic différentiel des TSP et de leurs comorbidités fréquentes. Dans son ensemble, ce premier volet a contribué à faire progresser la prévention des TSP, en offrant des applications cliniques concrètes prêtes à être déployées sur le terrain.
Le second volet a été motivé par l’hypothèse que les liens entre la parole et les fonctions orofaciales ne seraient pas directs, mais médiés par les compétences motrices orales sous-jacentes. Pour explorer cette hypothèse, une approche multi-méthodes combinant une étude transversale et une étude longitudinale a été adoptée, permettant d’observer ce potentiel lien à la fois comme un état et comme un processus évolutif, et ce spécifiquement à l’âge préscolaire. À notre connaissance, il s’agit de la première série de travaux à explorer cette question sous ce double prisme. Les résultats des deux études ne convergent pas uniformément, mais leur confrontation a généré une proposition interprétative majeure : le lien développemental entre les compétences motrices orales et la parole est robuste et convergent entre les deux études ; celui entre les compétences motrices orales et les fonctions orofaciales est probable, principalement porté par un couplage dynamique intra-individuel significatif ; en revanche, l’absence de toute association développementale entre les fonctions orofaciales et la parole dans l’étude longitudinale conduit à conclure à l’absence probable d’un lien direct entre ces deux domaines. La relation observée refléterait davantage une co-occurrence due à un fond développemental commun. Ces résultats invitent à un changement de paradigme, en intégrant les mécanismes moteurs et somatosensoriels sous-jacents dans l’étude de ces associations.
Les données recueillies dans le cadre de ce projet ont contribué plus largement à enrichir les connaissances générales sur le développement de la parole, à étendre les données développementales disponibles sur la parole chez les enfants francophones et à affiner les critères d’évaluation des fonctions orofaciales. En conclusion, cette thèse a fait progresser la recherche sur les TSP en contexte francophone et a contribué à renforcer la prévention de ce trouble fréquent. Elle a également exploré une question fondamentale concernant les TSP et ouvert des pistes pour mieux comprendre leurs liens avec les fonctions orofaciales.
[en] The ability to produce clear, intelligible speech plays a fundamental role in children's quality of life, influencing both their social relationships and educational outcomes. Yet developmental pathways are not uniform across all children. Some children follow atypical trajectories that place them at risk for Speech Sound Disorders (SSD). While prevalence rates reach 8-9% at preschool age, substantial knowledge gaps persist regarding our understanding of these disorders. These challenges are particularly acute in the French-speaking context, where both assessment instruments and empirical studies remain scarce compared to English-speaking contexts. Our thesis aimed to address clinical needs within French-speaking communities while simultaneously expanding fundamental knowledge about SSD more generally.
Our thesis comprised two complementary components: (1) a prevention component aimed at improving early screening and diagnosis of SSD, encompassing public health aspects; (2) a fundamental component that examined the potential relationship between SSD and non-verbal orofacial functions.
Regarding the first component, we began from the observation that the French-speaking context currently lacks adequate screening and prevention tools for SSD at preschool age. Three studies in our thesis worked to develop and validate prevention methods tailored for this population. Our results provided a rapid and easily applicable screening tool based on parental and/or teacher concern; an early detection measure through the validated French version of the Intelligibility in Context Scale; and two tools with norms designed for differential diagnosis of SSD and its frequent comorbidities. Together, this first component has contributed to advancement in SSD prevention, with concrete clinical applications ready for implementation.
Regarding the second component, this part of the thesis was motivated by the hypothesis that the links between speech and orofacial functions are not direct but mediated by underlying oral motor skills. To explore this hypothesis, a multi-method approach combining a cross-sectional and a longitudinal study was adopted, allowing this potential link to be observed both as a state and as a developmental process, specifically in preschool-aged children. To our knowledge, this is the first series of studies to explore this question under this dual lens. The results of the two studies do not converge uniformly, but their comparison generated a major interpretive proposal: the developmental link between oral motor skills and speech is robust and convergent across both studies; the link between oral motor skills and orofacial functions is plausible, primarily supported by a significant intra-individual dynamic coupling; in contrast, the absence of any developmental association between orofacial functions and speech in the longitudinal study leads to the conclusion that a direct link between these two domains is unlikely. The observed relationship would more likely reflect a co-occurrence rooted in a shared developmental background rather than a direct influence. These results call for a paradigm shift, integrating underlying motor and somatosensory mechanisms into the study of these associations.
A broader contribution is that data collected within this project enriched general knowledge about speech performance and development, expanded available speech developmental data on French-speaking children, and better characterized evaluation criteria for orofacial functions.
In conclusion, our thesis has contributed to research on SSD in the French-speaking context and to improving prevention of this frequent disorder. It has also explored a fundamental question about SSD mechanisms and provided preliminary evidence toward understanding these relationships.
Institution :
ULiège - University of Liège [Faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l'Education], Liège, Belgium
Jury member :
Gatignol, Peggy; Sorbonne Université > Département Universitaire d’Enseignement et de Formation en Orthophonie (DUEFO)
van der Straten Waillet, Pauline; ULB - Université Libre de Bruxelles > Faculté de Psychologie, Sciences de l’Education et Logopédie > Laboratoire Cognition, Langage et Développement (LCLD)