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Doctoral thesis (Dissertations and theses)
Dire le dire faux. Enjeux rhétoriques et sociodiscursifs de la formule "fake news" dans la presse francophone (2016-2019)
Schürgers, Elise
2025
 

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Keywords :
formule "fake news"; analyse du discours; sociopolitical keyword; métadiscours; performativité; imaginaire communicationnel; imaginaire sociopolitique; emprunt lexical intégral; espace rhétorique d'acceptabilité; anglicisme; métaphores de la viralité; autonymie en discours; usages sociopolitiques du lexique; phraséologie; conflictualité en discours; construction/qualification des problèmes publics
Abstract :
[fr] L’ambition principale de la thèse a été d’éclairer ce qui se lit dans les formes discursives, en circulation dans la presse francophone contemporaine, qui traitent de la question des « fake news ». La locution a, depuis la fin de l’année 2016, investi l’espace public en touchant à une variété de faits sociaux, acquérant le statut de problème public et se chargeant d’enjeux sociopolitiques. Interrogeant le rapport à l’information en démocratie ainsi que la légitimité et la confiance à accorder aux institutions médiatiques et politiques, la mise en discours du phénomène agit sur nos représentations par la mobilisation d’une série de frontières problématiques entre vérité, opinion, croyance et connaissance. Ce travail aborde la question des fake news en opérant deux déplacements vis-à-vis de la manière dont elle est habituellement traitée : l’un a trait à la perspective analytique adoptée, et déplace l’étude du phénomène des fake news vers l’étude du discours sur ce dernier, l’autre est conceptuel, et se détourne des fake news envisagées comme nouvelle notion servant à décrire le monde social pour se consacrer à l’examen du fonctionnement discursif de l’unité lexicale « fake news » au moyen de la notion de formule, telle qu’elle s’inscrit dans l’environnement disciplinaire de l’analyse du discours et de la rhétorique. La première partie de la thèse cherche à rendre explicites les motivations théoriques et méthodologiques ainsi que la perspective critique qui président à l’approche structurante de la recherche, à savoir celle qui tire parti de considérer la locution « fake news » comme une formule. Le premier chapitre montre comment les pratiques de recherche sur la question nous ont engagée à identifier un chemin différent pour aborder un sujet qui, malgré la banalité acquise par le mot, a connu et continue de connaître une actualité difficile. Cette autre voie, qui est celle du discours sur la formule, appelle à ce que soit prise au sérieux l’orientation sociodiscursive qui la fonde. Le deuxième chapitre interroge donc les contours de l’objet discursif construit : il traite des modalités de constitution et de traitement d’un corpus de presse écrite, questionne sa représentativité et cherche à clarifier les choix de son analyse et leurs limites. De ceci découlera la volonté de cerner le comportement de la formule non pas par une cartographie de ses usages en opposition, mais bien par la recherche d’un espace d’interrelations des discours sur les « fake news », lesquels tracent les contours et contraintes de sa dicibilité. Pour ce faire, ce chapitre propose et caractérise également la notion d’« espace rhétorique d’acceptabilité », dans le but de saisir les différents contextes discursifs et gestes énonciatifs par lesquels se négocie la recevabilité des parcours de sens liés à « fake news ». Ce questionnement se prolonge dans le troisième chapitre, sollicité par une mise au point théorique de la notion de formule, telle qu’elle a été reprise et théorisée par Alice Krieg-Planque. On y confronte la notion à un autre contexte de recherche, producteur de conceptualisations analogues, mais, si l’on y regarde de près, loin d’être identiques. Ce troisième chapitre traite ainsi de « consœurs théoriques » de la formule, à savoir les notions développées au sein du champ anglophone des études du discours, dans le sillage de l’ouvrage de Raymond Williams, Keywords. Le chapitre passe ensuite aux « consœurs » de la formule « fake news » elle-même, ces mots proches de l’anglicisme (intox, désinformation, fausses nouvelles, deep fake, etc.), dont on se demande s’ils préparent, étendent ou redoublent le champ d’action de la formule. Enfin, le quatrième chapitre cherche à observer ce qu’une forme, en langue, peut participer à conditionner en discours, et se confronte pour cela à une première analyse du matériau rassemblé. Ce dernier est mis à l’épreuve de plusieurs questions sociolinguistiques : à côté de son statut formulaire, « fake news » est aussi un néologisme par emprunt à l’anglais, et de telles caractéristiques soulèvent leurs propres problèmes de recherche. Sont examinés le statut de locution et d’emprunt lexical de « fake news » ainsi que les données morphosyntaxiques et sémantiques qui président à son usage en français. Le chapitre se referme finalement sur la manière dont les institutions de la langue réagissent à ce nouvel anglicisme dont elles constatent l’utilisation répandue. Un panorama général ouvre la seconde partie et épingle une série d’insistances, formelles et thématiques, permettant de saisir les principaux enjeux dont se charge la formule au moment où elle s’institue en problème public. L’analyse se resserre ensuite progressivement sur des types d’observables jouant un rôle clé dans l’appréhension des effets de la formule (commentaires métadiscursifs à propos de la locution, réseaux métaphoriques de la viralité, séquence semi-figée « à l’ère des fake news »). L’objectif est de dégager des pistes d’interprétation quant aux valeurs sociodiscursives dont se charge la locution au cours de sa période de forte médiatisation : comment se sert-on de « fake news » ? c’est-à-dire, de quelles injonctions, de quels effets de légitimation et de disqualification est-elle l’instrument ? de quelles orientations argumentatives serait-elle le noyau ? Finalement, que permet-elle de rendre visible et problématique et que participe-t-elle au contraire à rendre acceptable ? Le cinquième chapitre documente et interroge les principales associations, lexicales ou syntaxiques, qui organisent la représentation du phénomène et les segments répétés qui s’intègrent aux ressources formelles particulièrement disponibles (et donc mémorisables) pour dire la formule et l’ériger en préoccupation collective. Est ensuite discuté le répertoire des principaux sujets, événements et prises explicatives tels qu’ils se sont imposés dans la presse généraliste, sans jamais perdre de vue les matérialités linguistiques qui les supportent ainsi que les fondements topiques qui participent à la lisibilité culturelle et aux effets d’évidence dont se charge l’anglicisme au fil de sa circulation. Le sixième chapitre se resserre quant à lui sur les énoncés qui, au contraire, s’arrêtent sur le mot, son sens, sa valeur et ses usages et font de « fake news » un signe autonymique : au-delà des messages médiatiques auxquels elle renvoie, c’est bien aussi la locution elle-même qui fait débat. Les commentateurs de la formule dénoncent son instrumentalisation ou questionnent l’adéquation du mot aux choses nommées. Ce faisant, ils signalent les points de débats qui doivent être ouverts ou (ré)affirmés à son sujet. L’activité métadiscursive se révèle ainsi être un terrain privilégié pour saisir les effets de légitimation charriés par les emplois de l’anglicisme. L’analyse revient ensuite sur la propension du discours de presse à recourir aux ressources figurales pour construire la représentation des « fake news » comme un phénomène d’ampleur, circulant en grande quantité et à large échelle. Incontournable dans la manière dont se pense le phénomène, la question de la viralité des fake news est développée septième chapitre. Par un examen des réseaux métaphoriques de la viralité (de la topique sociobiologique à la métaphore du « triomphe des fake news »), on met en lumière la manière dont les textes tendent à faire des fake news un objet médiatique soustrait aux mécanismes délibératifs propres aux situations de communication qui en influencent pourtant la circulation. Enfin, le huitième et dernier chapitre réfléchit aux implications pragmatiques que l’énonciation de la formule met en branle. La recherche se referme en suivant la piste suggérée par notre objet d’étude, à savoir la prise en compte de la qualité métadiscursive (voire méta-énonciative) de la formule « fake news » et l’intérêt heuristique qu’il y a à envisager certaines formules au travers de la catégorie référentielle à laquelle elles renvoient. La dimension performative attribuée à ce que l’on appelle des « formules métadiscursives » est interrogée par le biais de l’analyse de la séquence « à l’ère des fake news » et de la scène de parole que cette routine discursive aménage au travers de son énonciation même. Les prises sociodiscursives mises en lumières par cette recherche documentent des chemins par lesquels la formule s’est dotée d’une opérativité symbolique, en bonne partie par le truchement de sa portée réquisitoire et des appropriations institutionnelles que cette dernière encourage ; elle fédère autour d’un faire-contre dont l’enjeu est le renforcement d’une certaine conception de la démocratie et de la citoyenneté, lesquelles trouvent appuis sur des imaginaires communicationnels et sociopolitiques méritant d’être interrogés. Les matérialités langagières qui ont supporté la forte médiatisation de la formule, les paramètres de sa qualification en problème public, la valeur et le sens consensuels dont elle s’est progressivement chargée dans une pluralités d’espaces ou de situations sociales et au fil de ses multiples reprises ont en réalité préparé les conditions de félicité d’une série d’injonctions très concrètes, adressées à ou par le secteur journalistique, mais aussi le champ législatif, ou encore celui des politiques éducatives et culturelles. Ce travail aborde la question des fake news en opérant deux déplacements vis-à-vis de la manière dont elle est habituellement traitée : l’un a trait à la perspective analytique adoptée, et déplace l’étude du phénomène des fake news vers l’étude du discours sur ce dernier, l’autre est conceptuel, et se détourne des fake news envisagées comme nouvelle notion servant à décrire le monde social pour se consacrer à l’examen du fonctionnement discursif de l’unité lexicale « fake news » au moyen de la notion de formule, telle qu’elle s’inscrit dans l’environnement disciplinaire de l’analyse du discours et de la rhétorique. La première partie de la thèse cherche à rendre explicites les motivations théoriques et méthodologiques ainsi que la perspective critique qui président à l’approche structurante de la recherche, à savoir celle qui tire parti de considérer la locution « fake news » comme une formule. Le premier chapitre montre comment les pratiques de recherche sur la question nous ont engagée à identifier un chemin différent pour aborder un sujet qui, malgré la banalité acquise par le mot, a connu et continue de connaître une actualité difficile. Cette autre voie, qui est celle du discours sur la formule, appelle à ce que soit prise au sérieux l’orientation sociodiscursive qui la fonde. Le deuxième chapitre interroge donc les contours de l’objet discursif construit : il traite des modalités de constitution et de traitement d’un corpus de presse écrite, questionne sa représentativité et cherche à clarifier les choix de son analyse et leurs limites. De ceci découlera une volonté de cerner le comportement de la formule, non pas par une cartographie de ses usages en opposition, mais bien par la recherche d’un espace d’interrelations des discours sur les « fake news », qui tracent les contours et contraintes de sa dicibilité. Pour ce faire, ce chapitre propose et caractérise également la notion d’« espace rhétorique d’acceptabilité », dans le but de saisir les différents contextes discursifs et gestes énonciatifs par lesquels se négocie la recevabilité des parcours de sens liés à « fake news ». Ce questionnement se prolonge dans le troisième chapitre, sollicité par une mise au point théorique de la notion de formule, telle qu’elle a été reprise et théorisée par Alice Krieg-Planque. On y confronte la notion à un autre contexte de recherche, producteur de conceptualisations analogues, mais, si l’on y regarde de près, loin d’être identiques. Ce troisième chapitre traite ainsi des « consœurs théoriques » de la formule, qui sont ici pour nous les notions développées au sein du champ anglophone des études du discours, dans le sillage de l’ouvrage de Raymond Williams, Keywords. Le chapitre passe ensuite aux « consœurs » de la formule « fake news » elle-même, ces mots proches de l’anglicisme (intox, désinformation, fausses nouvelles, deep fake, etc.), dont on se demande s’ils préparent, étendent ou redoublent le champ d’action de la formule. Enfin, le quatrième chapitre cherche à observer ce qu’une forme, en langue, peut participer à conditionner en discours, et se confronte pour cela à une première analyse du matériau rassemblé. Ce dernier est mis à l’épreuve de plusieurs questions sociolinguistiques : à côté de son statut formulaire, « fake news » est aussi un néologisme par emprunt à l’anglais, et de telles caractéristiques soulèvent leurs propres problèmes de recherche. Sont examinés le statut de locution et d’emprunt lexical de « fake news » ainsi que les données morphosyntaxiques et sémantiques qui président à son usage en français. Le chapitre se referme finalement sur la manière dont les institutions de la langue réagissent à ce nouvel anglicisme dont elles constatent l’utilisation répandue. Un panorama général ouvre la seconde partie et épingle une série d’insistances, formelles et thématiques, permettant de saisir les principaux enjeux dont se charge la formule au moment où elle s’institue en problème public (chapitre 5). L’analyse se resserre ensuite progressivement sur des types d’observables jouant un rôle clé dans l’appréhension des effets de la formule (commentaires métadiscursifs à propos de la locution, réseaux métaphoriques de la viralité, séquence semi-figée « à l’ère des fake news »). L’objectif est de dégager des pistes d’interprétation quant aux valeurs sociodiscursives dont se charge la locution au cours de sa période de forte médiatisation : comment se sert-on de « fake news » ? c’est-à-dire, de quelles injonctions, de quels effets de légitimation et de disqualification est-elle l’instrument ? de quelles orientations argumentatives serait-elle le noyau ? Finalement, que permet-elle de rendre visible et problématique et que participe-t-elle au contraire à rendre acceptable ? Les prises sociodiscursives mises en lumières documentent des chemins par lesquels la formule s’est dotée d’une opérativité symbolique, en bonne partie par le truchement de sa portée réquisitoire et des appropriations institutionnelles que cette dernière encourage ; elle fédère autour d’un faire-contre dont l’enjeu est le renforcement d’une certaine conception de la démocratie et de la citoyenneté, lesquels reposent sur des imaginaires communicationnels et sociopolitiques qui demandent à être questionnés. Les matérialités langagières qui ont supporté la forte médiatisation de la formule, les paramètres de sa qualification en problème public, la valeur et le sens consensuels dont elle s’est progressivement chargée dans une pluralités d’espaces ou de situations sociales et au fil de ses multiples reprises ont en réalité préparé les conditions de félicité d’une série d’injonctions très concrètes adressées à ou par le secteur journalistique, mais aussi le champ législatif, ou encore celui des politiques éducatives et culturelles.
Disciplines :
Languages & linguistics
Communication & mass media
Author, co-author :
Schürgers, Elise  ;  Université de Liège - ULiège > Traverses
Language :
French
Title :
Dire le dire faux. Enjeux rhétoriques et sociodiscursifs de la formule "fake news" dans la presse francophone (2016-2019)
Defense date :
18 March 2025
Institution :
ULiège - Université de Liège [Philosophie et Lettres], Liège, Belgium
Degree :
Docteure en Langues, Lettres et Traductologie
Promotor :
Provenzano, François ;  Université de Liège - ULiège > Département de langues et littératures romanes > Sciences du langage - Rhétorique
President :
Hamers, Jeremy ;  Université de Liège - ULiège > Département médias, culture et communication > Cinéma documentaire et littératie médiatique
Jury member :
Aude Seurrat;  UPEC - Université Paris-Est Créteil
Philippe Hambye;  UCL - Université Catholique de Louvain
Dominique Maingueneau;  Sorbonne Université
Funders :
FRESH - Fonds pour la Recherche en Sciences Humaines
Available on ORBi :
since 25 January 2025

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