Abstract :
[fr] Dans les grandes cultures, la communauté microbienne édaphique, comprenant des
organismes tels que les Plant Growth-Promoting Rhizobacteria (PGPR) et les champignons,
dont les mycorhizes, joue un rôle fondamental dans le développement des plantes. En effet,
certains microorganismes du sol sont capables de conférer une résistance accrue aux stress
abiotiques, d'améliorer la nutrition des plantes ainsi que la biodisponibilité des nutriments
essentiels, et de protéger les cultures contre divers bioagresseurs. Cependant, malgré leur
importance reconnue, leur évolution lors de la transition des agrosystèmes dans un contexte
de changement climatique reste encore mal documentée, notamment en ce qui concerne
l'impact de ce dernier sur la biodiversité microbienne et la résilience des sols.
Dans ce contexte, une expérience a été menée dans un écotron composé de chambres de
culture à climat contrôlé au sein du TERRA-Ecotron1 (chaque chambre est équipée d’un
lysimètre de 3m³ de sol agricole), avec des plantations de blé d’hiver (Triticum aestivum L.), sur
une durée de 9 mois. Les lysimètres ont été soumis à des simulations climatiques continues,
prenant pour base les projections climatiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur
l’évolution du climat (GIEC) pour la Belgique. Deux conditions climatiques ont été comparées :
un climat actuel, basé sur les données de l'année 2015, et un climat futur projeté pour l'horizon
2094.
L’analyse de la diversité du sol de la rhizosphère et de la rhizoplane des procaryotes a été
réalisée en ciblant le gène codant pour l’ARNr 16S (région V3-V4), tandis que la diversité
fongique a été évaluée en séquençant la région ITS1. Des prélèvements ont été effectués à la
fin de l’expérimentation (= récolte) pour chaque condition climatique. L’indice de dissimilarité
de Bray-Curtis et les analyses de type PCoA (Analyse en Composantes Principales) ont révélé
qu'il n'y avait pas de différence significative entre les communautés procaryotes des sols sous
les deux conditions climatiques. En revanche, une différence statistiquement significative (p
value < 0,001) a été observée pour la diversité fongique, avec une variation notable entre le
climat actuel et futur dans les sols des lysimètres. En effet, un enrichissement en taxa tels que
Sordariomycetes, Sordariales, Pezizales, Agaricales et Eurotiomycetes, ainsi qu’une
diminution des Hypocreales, Sordariales, Mortierellomycetes, Capnodiales, Eurotiales,
Pleosporales, Thelebolales, Helotiales et Chaetothyriales ont été constatés pour le climat
2094. Ces changements de certains taxa entre les chambres soumises au climat de 2015 et
celles où un climat de 2094 est simulé, pourrait refléter des changements de niches
écologiques spécifiques. Ces résultats suggèrent qu'un changement significatif dans les
communautés fongiques pourrait survenir dans les agrosystèmes en réponse au changement
climatique et influer sur la résistance du blé au stress abiotique ou encore l’absorption des
nutriments essentiels à la plante. Il sera donc crucial de mieux comprendre ces évolutions pour
anticiper les défis auxquels seront confrontées les pratiques agricoles futures dans un
contexte de changements globaux. Une meilleure caractérisation de ces communautés
microbiennes pourrait contribuer à une gestion plus durable des sols agricoles face aux
évolutions climatiques attendues.