Abstract :
[fr] En 2009 s’achevèrent les guerres civiles qui déchiraient le Sri Lanka depuis 30 ans. Des
conflits qui virent s’opposer l’armée cingalaise et la minorité tamoule, faisant alors entre 80 000
et 100 000 morts (Human Rights Watch, 2010). Après l’indépendance (1948) un changement
des rapports de force (il s’agit du départ du pouvoir colonial britannique) mit les tamouls dans
une situation de faiblesse qui se traduisit par une discrimination institutionnalisée (Maunaguru,
2019). Certains tamouls prirent les armes et d’autres optèrent pour l’émigration. Le groupe armé
« Les tigres de libération » (LTTE) recrutèrent, de gré ou de force de nombreux membres. Le
groupe fut soudé autour d’une quête d’indépendance qui, à travers l’abolition des castes,
renforça l’organisation, bien que ces dernières continuèrent d’exister au sein de la population
civile (Mantovan, 2015).
« La migration fut la solution de nombreux tamouls. Après la défaite du LTTE en 2009, les
castes se sont renforcées au Sri Lanka et dans les diasporas. A Jaffna, après 2009, les mariages
sont devenus un enjeu très important. Dans une communauté opprimée avec très peu de
possibilité de construire un bon futur, un bon mariage peut être très important. Le mariage est
aussi un vecteur de migration : les jeunes Tamouls de Jaffna souhaitent tous (ou presque) émigrer en occident ». Une partie de cette migration arriva en France dès les années 80, une
destination qui tenait plus à un choix par défaut, l’Angleterre lui étant préférée (Maunaguru,
2019). Néanmoins, jusqu’en l’an 2000, la France fut le deuxième pays au monde dans l’accueil
des réfugiés Tamouls (Étiemble, 2017).
S’agissant des relations amoureuses et du mariage, les nouvelles générations nées ou
ayant grandi en France, acquièrent alors, au contact de la société française, une identité et des
normes qui peuvent différer de celles de leur famille et de leur communauté d’origine
(Vijayaratnam, 2017). Ils évoluent dans un pays où le mariage perd de l’intérêt ; comme le
montre les chiffres de l’Institut National de la Statistique des Etudes Economiques : en France,
entre l’année 2000 et 2019, il y a eu plus de 80 000 mariages en moins alors que la population
ne cesse de croitre7; précisons néanmoins que d’autres alternatives telles que les PACS tendent
à nuancer ce désintérêt pour les unions officielles. Notre travail montrera la place centrale
qu’occupe le mariage chez les parents tamouls, une place d’autant plus importante que ses
spécificités et ses modalités sont transmises aux jeunes. C’est donc dans cette dualité que
doivent composer les jeunes tamouls en matière de stratégie matrimoniale : entre le désir de
choisir un partenaire qui soit d’abord à leur gout avant celui de la famille, et cette envie, (on
peut parfois parler de pression) héritée des parents, de perpétuer une tradition. C’est cette
complexité qui sera abordée à travers l’alliance matrimoniale.