Abstract :
[fr] Face aux défis de l'anthropocène, et après une phase plutôt instrumentale-utilitaire, le numérique pour l’éducation cherche, selon nous, à entrer dans une phase humaniste (Chiardola, Céci, Heiser, 2021), visant à obtenir de l'instrumentation de la pédagogie, des résultats sur la citoyenneté des élèves. Dès lors, le numérique pour l’éducation n’est pas sourd aux rapports scientifiques qui convergent vers l’idée d’un changement urgent de nos modes de vie (Wallenhorst, 2022) comprenant également nos usages du numérique. Il ne l’est pas non plus aux nouveaux récits encourageant chaque citoyen à développer de nouveaux gestes au bénéfice de la protection environnementale, mais aussi une attitude plus réflexive sous entendue par la communication autour de la sobriété écologique. L’école se voit traversée par une nouvelle exigence à former le futur citoyen à la durabilité, notamment à la sobriété ou transition numérique. Cependant, force est de constater que le cadre n’est pas encore défini et que, de facto, l’accompagnement des enseignants à la problématisation de nouvelles situations d’enseignement, instrumentées par le numérique, ne peut aller de soi. Dans le cadre de nos recherches, mais aussi étant donné notre positionnement dans l’institution , l’enjeu consiste à donner une existence pédagogique à cette forme de sobriété. Cela ne peut être envisagé sans prendre en compte la dimension éthique et le fondement philosophique de la sobriété numérique. A partir de là, nous proposons en premier lieu, d’imaginer une ingénierie didactique et pédagogique, autour d’activités de classe exploitant et illustrant les données de la recherche et les défis de l'anthropocène, avec les formateurs et les entrants dans le métier. D’autre part et au-delà de la recherche sur l’éducation à visée heuristique, ces activités seront aussi productrices de données inscrivant ce dispositif dans un triptyque de recherche-action pour l’éducation (à visée transformative), par l’éducation (à visée émancipatrice) et enfin avec l’éducation à visée participative. D’un point de vue méthodologique, le terrain s’articule autour de la formation au numérique des enseignants stagiaires et néo-titulaires de l’Académie de Nice et s’ancre à la lisière des sciences de l’éducation et des sciences de l’information et de la communication. Ladite formation prend appui sur un outil appelé “les formes de prudence numériques” dont nous nous inspirons ici, que nous étendons avec les six niveaux suivant, ordonnés dans une gradation positive du bien-être : Voir figure 1 : Pyramide des Prudences numériques versus Bien-être. Nous préciserons les fondements théoriques de cet outil en décrivant sa paternité à l’aune de la philosophie de grands penseurs tels que Cicéron, Aristote ou encore Comte-Sponville (2018), ainsi que des scientifiques des techniques, permettant de montrer que prudence et bien-être (numérique) sont intrinsèquement liées. Notre communication visera ainsi à explorer ces fondements et une taxonomie des six formes de prudence numérique, sous forme de tableaux descriptifs, contenant les formes de bien-être et de mal-être qui en découlent mais aussi des propositions de ressources servant à la fois en formation (axe compréhensif) ou à l’expérimentation en classe (axe collaboratif). L’ensemble est susceptible, selon nous, de fournir des axes de réflexion, encourageant une amplification pédagogique (Céci, 2020) et donc la mise en œuvre des enjeux de préservation du bien-être et de minimisation du mal-être, à l’ère de l'anthropocène.
[en] Faced with the challenges of the Anthropocene, and after a rather instrumental and utilitarian phase, digital technology in education is, in our view, seeking to enter a humanistic phase (Chiardola, Céci, Heiser, 2021), aiming to achieve results in students' civic engagement through the use of pedagogy. Therefore, digital technology in education is not deaf to scientific reports that converge on the idea of an urgent change in our lifestyles (Wallenhorst, 2022), including our use of digital technology. Nor is it deaf to new narratives encouraging each citizen to develop new practices for environmental protection, as well as a more reflective attitude implied by communication surrounding ecological sobriety. Schools are thus experiencing a new imperative to train future citizens in sustainability, particularly in digital sobriety and the digital transition. However, it is clear that the framework is not yet defined and that, in practice, supporting teachers in problematizing new teaching situations facilitated by digital technology cannot be taken for granted. Within the context of our research, and also given our position within the institution, the challenge lies in giving pedagogical substance to this form of digital sobriety. This cannot be considered without taking into account the ethical dimension and the philosophical foundation of digital sobriety. From this starting point, we propose, firstly, to imagine a didactic and pedagogical approach, centered on classroom activities that utilize and illustrate research data and the challenges of the Anthropocene, in collaboration with teacher trainers and those entering the profession. Furthermore, beyond the heuristic research on education, these activities will also generate data that situates this approach within a three-pronged framework of action research for education (with a transformative aim), through education (with an emancipatory aim), and finally, with education with a participatory aim. Methodologically, the fieldwork revolves around digital training for trainee and newly qualified teachers in the Nice Academy and is situated at the intersection of educational sciences and information and communication sciences. This training is based on a tool called “forms of digital caution,” which we are using as a model here, expanding it with the following six levels, arranged in a positive gradation of well-being: See Figure 1: Pyramid of Digital Caution versus Well-being. We will clarify the theoretical foundations of this tool by describing its origins through the lens of the philosophies of great thinkers such as Cicero, Aristotle, and Comte-Sponville (2018), as well as those of technology scientists, demonstrating that prudence and (digital) well-being are intrinsically linked. Our presentation will thus explore these foundations and a taxonomy of six forms of digital prudence, presented as descriptive tables containing the resulting forms of well-being and ill-being, as well as suggested resources for both training (comprehensive approach) and classroom experimentation (collaborative approach). We believe this approach can provide avenues for reflection, encouraging pedagogical expansion (Céci, 2020) and thus the implementation of strategies for preserving well-being and minimizing ill-being in the Anthropocene era.