Abstract :
[fr] Contexte. Le recours au télésoin s’est développé rapidement en logopédie/orthophonie, mais les données concernant les personnes présentant un trouble neurocognitif léger ou majeur (TNCL/TNCM) restent moins abondantes que celles disponibles dans d’autres populations neurologiques, notamment l’aphasie post-AVC.
Dans les maladies neurodégénératives, la question clinique ne peut donc pas être réduite à une opposition entre distanciel et présentiel.
Objectif. Cette table ronde visait à mettre en discussion les données disponibles sur le télésoin appliqué au langage et à la communication dans les TNCL/TNCM, en interrogeant successivement son accessibilité, sa faisabilité, son efficacité, sa pertinence clinique et ses enjeux éthiques.
Démarche. La présentation s’est appuyée sur un repérage exploratoire et une cartographie narrative de la littérature réalisés en juin 2026, complétés par des travaux récents jugés particulièrement informatifs pour la pratique. Les échanges ont été structurés autour de données scientifiques courtes, suivies de questions adressées aux cliniciennes et cliniciens.
Principaux constats. Certaines évaluations cognitives et langagières peuvent être réalisées à distance avec un accord satisfaisant avec le présentiel, sans que cette concordance autorise à transposer automatiquement normes, seuils et conditions de passation. Les données d’intervention sont encourageantes mais hétérogènes.
Elles sont particulièrement informatives dans l’aphasie primaire progressive (APP), avec des résultats soutenant la faisabilité de certaines interventions lexicales, de scripts et d’approches centrées sur la participation communicationnelle. La technologie, les capacités sensorielles et cognitives, l’environnement et le rôle du proche constituent des déterminants majeurs de faisabilité et d’implémentation.
Implications cliniques. Les données ne permettent pas de recommander une modalité unique pour l’ensemble des TNCL/TNCM. Une approche hybride, évolutive et centrée sur la personne, ses objectifs et son environnement apparaît comme un cadre clinique prudent. La réussite d’une téléintervention ne doit pas être appréciée uniquement au regard d’un score de langage par exemple, mais aussi de la participation, de l’autonomie, des stratégies compensatoires, de la communication avec les proches et de la continuité d’accès au soin.
[en] Background. The use of telepractice has expanded rapidly in speech-language pathology. However, evidence concerning individuals with mild or major neurocognitive disorders (mild NCD/major NCD) remains less extensive than that available for other neurological populations, particularly people with post-stroke aphasia. In neurodegenerative diseases, the clinical question therefore cannot be reduced to a simple opposition between remote and face-to-face care.
Objective. This roundtable aimed to discuss the available evidence on telepractice for language and communication in mild and major neurocognitive disorders, with a particular focus on accessibility, feasibility, effectiveness, clinical relevance, and ethical considerations.
Approach. The presentation drew on an exploratory search and narrative mapping of the literature conducted in June 2026, supplemented by recent studies considered particularly informative for clinical practice. The discussion was structured around brief summaries of scientific evidence, each followed by questions addressed to clinicians.
Main findings. Some cognitive and language assessments can be administered remotely with satisfactory agreement with face-to-face assessment. However, such agreement does not justify the automatic transfer of normative data, cut-off scores, or administration conditions from one modality to another. Evidence regarding intervention is promising but heterogeneous. It is particularly informative in primary progressive aphasia (PPA), with findings supporting the feasibility of selected lexical treatments, script-based interventions, and approaches targeting communicative participation. Technology, sensory and cognitive abilities, the home environment, and the role of communication partners or caregivers are major determinants of feasibility and implementation.
Clinical implications. Current evidence does not support recommending a single mode of care for all individuals with mild or major neurocognitive disorders. A hybrid, flexible, and person-centred approach, tailored to the individual’s goals and environment, appears to provide a cautious clinical framework. The success of a telepractice intervention should not be judged solely on the basis of, for example, a language score, but should also consider communicative participation, autonomy, compensatory strategies, communication with significant others, and continuity of access to care.