Abstract :
[fr] Cette contribution soutient que le paratexte ne désigne ni une classe d'objets ni un lieu, mais une fonction : un contenu qui prend le texte pour objet et se met à son service, et que chacun des trois niveaux de signification de l'écrit peut porter. Les deux piliers de la définition de Genette (1987), le lieu et l'instance, cèdent devant les cultures manuscrites. Les définitions par soustraction aboutissent à une aporie, où tout devient paratexte ou tout devient texte (Porter et al. 2023). Quant à la définition relationnelle d'Andrist (2022), qui situe à juste titre la paratextualité dans une relation de dépendance entre contenus, elle exige que le paracontenu soit une pièce matériellement détachable du codex, et exclut par principe mise en page, écriture, support et format.
Or cette exigence confond deux plans. La relation paratextuelle relève du plan du contenu ; ce qui la porte relève du plan de l'expression, et n'a pas à être une unité séparable. La scripturologie (Klinkenberg & Polis 2018 ; à paraître) permet de décrire cette expression à trois niveaux : graphémique (des mots, et des mots qui deviennent des signes), grammémique (valeurs symboliques, indicielles et iconiques de la mise en page, de la main, de la lettre) et inscriptémique (le support et le format, qui présémantisent un genre ou un statut avant toute lecture).
Trois conséquences en découlent. L'échec des approches par inventaire devient prévisible, puisque le niveau inscriptémique n'offre aucun répertoire fini. Une même forme peut recevoir des verdicts opposés : un blanc signale une lacune du modèle, réserve la place d'une date, ou se lit comme un mot quand il laisse voir le bois mrj de la palette (Seidlmayer 1991) ; ce n'est donc pas la forme qui décide. Enfin, une typologie devient possible selon deux axes, ce dont parle le contenu paratextuel (la production, le texte lui-même, la réception) et le niveau qui le porte, ce qui rend comparables des traditions de l'écrit hétérogènes (Carlig et al. 2020). Le seuil n'est pas un lieu, mais une fonction sémiotique.
[en] This paper argues that paratext designates neither a class of objects nor a location, but a function: content that takes the text as its object and serves it, and that each of the three levels of meaning in writing can carry. The two pillars of Genette’s (1987) definition, location and authorial responsibility, give way when confronted with manuscript cultures. Definitions by subtraction lead to an aporia in which everything becomes paratext or everything becomes text (Porter et al. 2023). As for Andrist’s (2022) relational definition, which rightly locates paratextuality in a relation of dependence between contents, it requires the paracontent to be a physically detachable piece of the codex and thereby excludes layout, script, support, and format on principle.
This requirement, however, conflates two planes. The paratextual relation belongs to the content plane; what carries it belongs to the expression plane and need not be a separable unit. Scripturology (Klinkenberg & Polis 2018; forthcoming) describes this expression at three levels: graphemic (words, and words turning into signs), grammemic (the symbolic, indexical, and iconic values of layout, hand, and letterforms), and inscriptemic (the support and format, which presemantize a genre or a status before any reading).
Three consequences follow. The failure of inventory-based approaches becomes predictable, since the inscriptemic level offers no finite repertoire. A single form may receive opposite verdicts: a blank may mark a gap in the model, reserve the place of a date, or be read as a word when it reveals the mrj-wood of a scribal palette (Seidlmayer 1991); the form, therefore, does not decide. Finally, a typology becomes possible along two axes—what the paratextual content is about (production, the text itself, reception) and the level that carries it—making heterogeneous writing traditions comparable (Carlig et al. 2020). The threshold is not a place but a semiotic function.