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Abstract :
[fr] Depuis les années 1980, le musée est conçu, étudié et analysé comme un média de communication de masse. Cependant, ce média a plusieurs particularités relatives à sa matérialité complexe (son bâtiment, les supports des œuvres d'art, les dispositifs de sécurité et de médiation et le corps du visiteur) et à sa dimension spatio-temporelle, qui impliquent une expérience physique, mais désormais également – ou uniquement – numérique. Les études sémiotiques ont permis de réexaminer la notion de médium et son application à l'étude de l'accès aux arts, à l'éducation et à la culture. Eliseo Verón (1983) a proposé de concevoir le musée comme un média de communication de masse spatialisé, réalisant ainsi une typologie des visites encore féconde. Suivant les propositions de Verón (1998), Oscar Traversa (2014) a analysée et révisée la notion de dispositif, fortement liée à celle de médium, en s'intéressant à la façon dont les dispositifs configurent les liens entre, par exemple, les établissements d'enseignement et les étudiants (2009). Dans la même lignée, Oscar Steimberg (2013) a étudié des objets culturels tels que les bandes dessinées et les expositions contemporaines. Ces auteurs ont proposé des méthodes d’analyse qui mettent l'accent sur la condition matérielle des objets culturels et son implication dans l'énonciation des discours institutionnels-artistiques qui configurent différents collectifs sociaux : visiteurs, étudiants, lecteurs. Leurs apports ont été systématisés par Marita Soto (2023) qui a établi une méthodologie permettant l'étude macro et micro des objets culturels divers, dont la proposition muséale. À partir de l'application de sa proposition méthodologique organisée en trois niveaux d'étude traversés par l'analyse intertextuelle, cet article présente quelques résultats de travaux de terrain réalisés au Centre Pompidou de Paris (2016-2023) ayant pour objectif de définir le type de promesses expériencielles (Rosso, 2020) que les espaces intermédiaires (Rosso, 2022) de son bâtiment (façade, esplanade et hall d'entrée) proposent au public, et de décrire la configuration de ses visiteurs modèles (Davallon, 2010). L'application de cette approche interdisciplinaire a permis également : a) de mettre en évidence les valeurs institutionnelles et les notions de musée, d'œuvre d'art et de public émergeant du discours architectural du Centre Pompidou ; b) d'identifier les modalités de positionnement de l'institution dans l'histoire de l'art en général et des institutions culturelles en particulier ; et c) de décrire les relations entre les activités proposées dans l’espace physique et celles proposées sur l’espace numérique du musée (réseaux sociaux et applications mobiles). Cette étude de la proposition de visite du Centre Pompidou s'articule autour de la question posée par cet ouvrage : Qu’est-ce qu’un objet médiatique est capable de nous faire faire ? En l'occurrence, qu’est-ce qu’un musée-social média est capable de nous faire faire ?