Abstract :
[fr] À l’heure actuelle, l’étude des pratiques des visiteurs de musée implique d’analyser leurs dimensions à la fois physiques et numériques. La sémiotique contemporaine, tout comme les études interactionnelles et multimodales, offre différents outils analytiques permettant d’examiner ces pratiques hybrides et l’état actuel de l’expérience muséale. Parallèlement, ces approches permettent de concevoir de futurs outils numériques intégrant trois dimensions fondamentales de la visite au musée : l’espace interactionnel du musée (dimension architecturale et institutionnelle), l’espace interactionnel de l’œuvre (dimension curatoriale et artistique), ainsi que les interactions des visiteurs avec ces deux niveaux spatiaux et entre eux.
À partir de la notion d’espace interactionnel, envisagé comme processuel, émergent, situé et co-construit par les acteurs de l’interaction, ce travail articule la proposition méthodologique développée par la sémioticienne argentine Marita Soto pour l’étude des pratiques sociales avec les techniques de collecte et d’analyse des données issues de la linguistique interactionnelle, afin d’étudier les pratiques hybrides de visite dans les musées d’art.
Dans cette perspective, nous proposons une analyse sémiotique des applications mobiles disponibles dans différents types de musées d’art, tels que la Fondation Louis Vuitton et le Centre Pompidou à Paris, afin d’explorer les modalités de contact avec les œuvres que ces dispositifs numériques proposent aux visiteurs. Nous présentons également les résultats d’un travail de terrain mené au Museo Reina Sofía, qui permet d’observer comment les visiteurs interagissent simultanément avec l’espace muséal, les œuvres d’art et leurs téléphones mobiles.
L’objectif est enfin de réfléchir, à partir d’un chatbot imaginaire consacré à Guernica de Picasso, à la manière dont une application mobile pourrait s’intégrer aux pratiques de visite qui ont déjà lieu dans cette salle du musée, tout en prenant en compte la complexité de l’espace interactionnel.