Abstract :
[fr] Cette étude prend pour objet La gouvernance par les nombres d’Alain Supiot, un cours publié à l’issue de deux années d’enseignement au Collège de France, en tant qu’observatoire privilégié des gestes associés aux pratiques discursives du savoir. L’objectif est d’examiner comment les chercheurs mettent en discours leur savoir en s’énonçant en qualité de spécialistes, professeurs au sein d’une institution, et auteurs soumis à des exigences éditoriales. L’étude avance que trois gestes discursifs sont structurants dans la première partie du cours : l’explication, le dévoilement et l’argumentation. Ces gestes coïncident avec les postures multiples d’Alain Supiot : professeur tenu d’expliquer le droit, intellectuel engagé dévoilant les fondements imaginaires des systèmes juridiques, et argumentateur défendant le droit comme contre-pouvoir face aux dérives de la gouvernance contemporaine et comme discipline jouant un rôle épistémologique majeur dans l’appréhension des enjeux. L’étude montre que l’explication est constamment traversée par le dévoilement, car tous deux mobilisent des ressources expressives permettant de faire comprendre le relativisme culturel des conceptions juridiques. Le propos sous-tend également une visée argumentative, moins conforme au contrat énonciatif du cours. Cette syntaxe de gestes discursifs est rendue possible par la liberté de ton qu’autorise cet objet singulier qu’est le cours publié, d’autant plus lorsqu’il a été dispensé dans une institution non diplômante. Par ailleurs, l’énonciation éditoriale permet d’examiner l’articulation entre le contrat pédagogique et la publication du cours.