Abstract :
[fr] Dans un contexte de fragmentation politique et informationnelle croissante, les médias traditionnels et les réseaux sociaux redessinent l'espace public et les contours du débat démocratique. Cette intervention examine leur rôle dans le déplacement de la « fenêtre d'Overton » vers l'extrême droite et interroge, à l'aune de la liberté d'expression, la pertinence du cordon sanitaire médiatique belge en tant qu'outil de régulation démocratique face à cette évolution.
D'une part, le fonctionnement interne des réseaux sociaux, qui favorise la normalisation de discours longtemps considérés comme incompatibles avec les valeurs démocratiques, interroge l'étendue de la liberté d'expression telle que protégée, notamment, par la Constitution belge et la Convention européenne des droits de l'homme. Lorsqu'elles portent atteinte à d'autres droits et libertés garantis par la loi, certaines expressions peuvent en effet être considérées comme un abus de droit et se voir exclues de la protection juridique.
D'autre part, le cordon sanitaire médiatique, principe bien établi dans le paysage belge francophone et qui s'applique principalement aux médias audiovisuels, offre une réponse possible à ces évolutions. Bien que souvent analysé sous un angle politique ou éthique, ce mécanisme soulève également plusieurs questions d'ordre juridique au regard de la liberté d'expression. Cette intervention évalue dès lors si l'exclusion médiatique est compatible avec cette liberté, ou si elle risque, au contraire, d'en fragiliser les garanties fondamentales. Elle explore en outre la possibilité d'étendre le cordon sanitaire médiatique aux plateformes de réseaux sociaux, tout en examinant les limites juridiques et pratiques d'une telle extension dans un environnement fragmenté où la technologie, l'identité et la vérité transforment le droit public contemporain.