[fr] Le discours sur l'État de la Nation constitue un acte de gouvernement dont la performativité
engage la responsabilité de l'État devant les citoyens. Au Bénin, ce discours a régulièrement affiché la volonté politique d'instaurer une protection sociale universelle, notamment à travers l'assurance maladie obligatoire (AMO). Pourtant, entre les annonces solennelles et la réalité de la mise en œuvre, un fossé persiste. Cette contribution analyse, dans une perspective juridico-financière, les conditions dans lesquelles un discours présidentiel peut ou non produire une effectivité juridique des droits sociaux.
S'appuyant sur une analyse doctrinale, normative, institutionnelle et jurisprudentielle, elle montre que la performativité du discours sur l'AMO souffre de trois déficits cumulatifs : des ratages procéduraux révélant l'incomplétude du cadre normatif ; des abus performatifs résultant de la fragmentation institutionnelle ; et une infélicité matérielle produite par les contraintes budgétaires et l'informalité structurelle. Elle propose, en outre, une grille originale de « performativité juridique » articulant ses dimensions politique, normative, institutionnelle, financière et juridictionnelle, cette dernière restant la plus fragile dans le cas béninois, ainsi qu'en témoigne la décision DCC 21-058 de la Cour constitutionnelle.