Quetelet; statistique; physique sociale; mathématisation de l’économie; eugénisme; précurseur méthodologique.
Abstract :
[fr] Certains chercheurs scientifiques, animés par une volonté de comprendre le monde, ont développé des outils qui ont été plus tard utilisés à des fins initialement non désirées. Le statisticien belge Adolphe Quetelet appartient à cette catégorie.
Fondateur de la statistique sociale, il a profondément influencé la manière dont on mesure et interprète les caractéristiques humaines.
Mais cette révolution méthodologique a aussi ouvert la voie à des usages problématiques. Ainsi, Quetelet a fourni certains des instruments mathématiques qui seront ensuite mobilisés par les eugénistes du XXᵉ siècle.
On se propose dans ce texte d’explorer cette tension : comment ce savant humaniste a-t-il pu devenir, probablement malgré lui, une sorte de précurseur d’une idéologie qu’il n’aurait éventuellement pas cautionnée de son vivant ?
On défend la thèse selon laquelle Quetelet pourrait être vu comme ayant été un précurseur méthodologique non seulement de l’eugénisme mais aussi de l’introduction des mathématiques, et en particulier de la statistique, en sociologie. De la sorte, le savant belge se situait au sein d’un courant scientifique visant la « mathématisation » des sciences humaines, singulièrement de l’économie.
Cette étude amorce un débat plus large qui traverse toute la philosophie des sciences depuis deux siècles. Elle débouche en effet sur la question suivante : le progrès scientifique est-il intrinsèquement bon ou seulement ambivalent ? Quelques éléments de réponse à cette interrogation sont avancés.
Disciplines :
Mathematics
Author, co-author :
Bair, Jacques ; Université de Liège - ULiège > HEC Liège : UER > UER Opérations