Keywords :
Architecture Néo vernaculaire, Bambou, pratiques constructives vernaculaires, matériaux locaux, mécanisme d’analyse typologique, Tshela.
Abstract :
[fr] La présente thèse se propose d’analyser de manière critique et approfondie l’usage du bambou dans les pratiques constructives vernaculaires du territoire de Tshela dans la province du Kongo Central, en République Démocratique du Congo. Elle vise à interroger les logiques d’appropriation locales, les savoir-faire techniques et les dynamiques socioculturelles associées à ce matériau biosourcé, afin de dégager des pistes de réflexion pour une valorisation structurée de la ressource. De ce fait, l’étude s’attache à démontrer la pertinence et les exigences de son intégration dans les stratégies de construction de logements abordables, durables et adaptés aux contextes socioculturels et climatiques des milieux ruraux et urbains actuels.
Face à la forte dépendance aux matériaux importés d’origine orientale et occidentale, souvent onéreux et parfois inadaptés aux réalités locales, cette thèse propose de valoriser les ressources géologiques et biologiques disponibles en RDC, en particulier les produits forestiers non ligneux (PFNL). L’enjeu est de rapprocher les choix des acteurs du secteur de la construction des contextes territoriaux congolais, pour des solutions plus durables et adaptées. Par le biais d'une démarche itérative articulée entre cadres théoriques et investigations de terrain, en conformité avec les Objectifs de Développement Durable et les orientations du Programme National Bambou au Congo, elle met en exergue les savoirs vernaculaires tout en développant des solutions éco-inclusives à faible coût, dans un contexte marqué par l'intensification des pressions écologiques.
La problématique de cette thèse s'interroge sur l'écart persistant entre l'abondance du bambou en République Démocratique du Congo et son exploitation limitée, notamment dans le territoire de Tshela en province du Kongo Central. Au sein de cette région, les traditions vernaculaires incorporent empiriquement le bambou dans les pratiques constructives sans en optimiser pleinement les potentialités, alors qu’il est un produit forestier non ligneux, particulièrement adapté à la construction de logements durables, et soutenu par le Programme National Bambou au Congo. Malgré l'étendue des forêts disponibles, ces pratiques sociales et techniques d'ancrage ethnoculturel se voient reléguées au second plan au profit de prototypes « modernes » d'importation, exacerbant ainsi les vulnérabilités climatiques (liées à l'humidité tropicale), économiques (dues aux coûts prohibitifs) et environnementales. Dans cette optique, la présente recherche entreprend d'explorer les mécanismes de revitalisation de ces techniques localisées, dans le but de contribuer à la conversion des ressources sous-valorisées en solutions d’habitats accessibles, et de pallier ainsi le hiatus entre les intentions institutionnelles en matière de logement et les contraintes réelles rencontrées sur le terrain.
A travers une description dense de l'exploitation du bambou à Tshela et d'une analyse des cas, la thèse articule ses résultats autour de deux axes principaux. Elle démontre comment les techniques vernaculaires locales permettent de surmonter l'accès limité aux logements durables et valorise les matériaux disponibles sur place, en résonance avec la problématique d'écart entre abondance des ressources et leur sous-utilisation.
Le premier axe porte sur l'identification des types de logements, en esquissant les questions relatives au confort bioclimatique. Les résultats cartographient une variété d'habitats incluant des toitures en bambou, hybrides en bambou-chaume ou bambou tôle, optimisées pour la ventilation et le drainage des pluies, ainsi que des éléments structuraux. Adaptés aux conditions climatiques du Mayombe, ces modèles présentent une empreinte carbone réduite par rapport aux matériaux importés, souvent peu adaptés à l’environnement local. En lien avec la problématique, les pratiques constructives observées à Tshela révèlent une sous-exploitation du bambou, pourtant abondant et accessible gratuitement dans les forêts locales. Cette gratuité concerne principalement les populations autochtones résidant dans les zones rurales de Tshela, pour lesquelles l’accès au bambou s’inscrit dans un usage coutumier des ressources naturelles locales. En admettant sa véracité, ce matériau pâtit d’une négligence persistante au profit de savoir-faire traditionnels oubliés. Or, ces pratiques offrent des solutions scalables du rural à l'urbain, permettant de réduire les coûts de construction et de combler la dissymétrie entre disponibilité des ressources et leur usage effectif.
Le deuxième axe de l'analyse se consacre à la valorisation et à l'amélioration des approches néo-vernaculaires, qui fusionnent les savoir-faire traditionnels avec des innovations contemporaines adaptées aux contraintes environnementales et socio-économiques locales. Dans cette optique, la thèse préconise l'adoption d'hybridations des techniques innovantes, notamment des traitements prophylactiques contre les agents pathogènes et des assemblages de bambou pour les éléments constructifs. Ces derniers se distinguent par leur flexibilité structurelle, dans le but de consolider la viabilité à long terme des édifices. Ces approches, ancrées dans une ingénierie durable, visent à optimiser les performances mécaniques et environnementales du matériau, en s'inspirant des pratiques low-tech adaptées aux contextes tropicaux. Par conséquent, ces avancées génèrent des bénéfices substantiels, tant en termes de rentabilité accrue des filières locales de production que d'amélioration de la durabilité globale des édifices.
Dans le cadre d'une immersion ethno-anthropologique menée à Tshela, au cœur du Mayombe où les pratiques vernaculaires demeurent sous-documentées, la thèse dépasse les analyses globales du bambou pour s'attacher à une enquête approfondie. Celle-ci repose sur l'analyse de 13 cas d'étude conformément au premier axe, issus d'observations de terrain et d'entretiens approfondis, qui documentent des techniques oubliées. Ce cadre itératif promeut le bambou en tant qu’ « acier vert » recyclable, en l'intégrant aux filières locales de production et aux Objectifs de Développement Durable, tout en adoptant une prospective qui valorise et améliore la ressource en dépit des entraves culturelles et techniques.