Keywords :
Pâturage libre, caprins, recyclage d’azote, agroécosystème, intensification agroécologique
Abstract :
[fr] Les caprins sont les petits ruminants les plus élevés dans les exploitations familiales en Afrique subsaharienne (SSA), car ils sont faciles à entretenir, même par les ménages avec de faibles revenus.
Dans une perspective d’intégration agriculture-élevage (IAE) pour une intensification agroécologique susceptible de réduire le recours aux intrants extérieurs de ces exploitations familiales, cette thèse a analysé le rôle des caprins dans le fonctionnement des agroécosystèmes tropicaux, notamment le transfert des nutriments entre les compartiments exploités par les chèvres en pâturage libre.
Une méthodologie mixte a été utilisée pour vérifier la capacité des chèvres à mobiliser les nutriments par leur consommation fourragère et à les transférer via les déjections, vers les compartiments des terres cultivées de l’agroécosystème qu’elles exploitent. Cette méthodologie mixte a consisté en la combinaison des enquêtes exploratoires, des observations directes accompagnées de pistage GPS au pâturage, des analyses au laboratoire des fourrages consommés et des déjections déposées, de la télédétection, du SIG et de la modélisation de flux d’azote.
Les résultats montrent que la majorité des élevages de chèvres (soit 72%) sont en pâturage libre. Ces dernières exploitent un agroécosystème spatialement fragmenté, avec une diversité des compartiments, comprenant les savanes et herbages naturels (36,4-69,7%), les cours des parcelles/zones dénudées avec les résidus ou déchets ménagers (9,8-46,7%), les terres cultivées (6,1-14,8%), les jachères (2,7-12,5%) et les haies vives (0,1-5,4%). Ces compartiments sont diversifiés en plantes fourragères réellement consommées par les chèvres, avec 57 espèces identifiées, de qualité nutritionnelle variable en fonction des saisons.
Parmi ces espèces, les graminées (17%) sont majoritaires, suivies des légumineuses (9%) et le reste (74%), comprenant un conglomérat de 31 familles botaniques différentes. Les savanes et les terres agricoles (jachères et terres cultivées) sont les compartiments les plus diversifiés en espèces fourragères et contribuent à l’essentiel de l’alimentation des chèvres (jusqu’à respectivement 36 ± 13% et 38 ± 9% de matières sèches ingérées).
Malgré les avantages socioéconomiques et techniques des élevages en pâturage libre des chèvres, les pratiques locales telles qu’observées ne permettent pas une meilleure intensification agroécologique dans une IAE, car les bilans d’azote sont négatifs dans les compartiments « terres agricoles et savanes/herbages naturels ».
Dans ces conditions, le transfert de fertilité vers les terres agricoles est fortement limité. Pour cette raison, les simulations des scénarios de gestion de troupeau et des déjections ont été élaborées pour améliorer le bilan de l’azote dans les terres agricoles. Ces scénarios sont basés sur l’augmentation du temps de confinement des chèvres, l’application de litière dans leur abri de nuit, la restriction de leur accès aux terres cultivées. Il ressort des simulations de gestion que la combinaison de ces scénarios contribue à améliorer très significativement le bilan d’azote dans les terres agricoles, quelle qu’en soit la saison, avec des valeurs légèrement positives en saison sèche.
Cette thèse a démontré grâce à ces simulations, qu’une bonne stratégie de gestion de troupeau des chèvres et de leurs déjections, est un levier d’intensification agroécologique dans un système d’intégration agriculture-élevage. Cependant, ces scénarios de gestion doivent être testés dans les conditions réelles de terrain, sur toutes les catégories animales et dans plusieurs sites, pour valider leur efficacité, en tenant aussi compte des apports et pertes d’azote d’autres sources potentielles.