Abstract :
[fr] La Wallonie est fréquemment considérée comme un exemple-type de société « postindustrielle », engagée dans des processus de « reconversion ». Mais comment définir au juste cette société et quels en sont les perspectives, les projets, les possibles ? Quelles sont les voies/voix déjà à l'oeuvre, quelles sont celles en gestation, celles qui ne parviennent pas à se formuler et/ou à se faire entendre ? Ces voix et projets peuvent-ils être, peu ou prou, nommés « utopies » ? À partir de quels critères un projet est-il considéré comme utopique (ou non) ? Et d'abord, qu'est-ce qu'une utopie ? Et puis pourquoi celle-ci, dans une société pourtant en pleine « reconversion », semble-t-elle illégitime ? C'est autour de ce questionnement qu'un groupe d'une douzaine de personnes s'est constitué. Le principe même de ce type d'ateliers est de permettre à des gens qui, a priori, ne se connaissent pas et viennent d'horizons politiques, sociaux et culturels différents, de réfléchir ensemble, sans exigence de prérequis, sur une question qui les mobilise tous. La question fait le groupe. L'hétérogénéité des participants constitue ici le moteur-et la difficulté ! Établir un vocabulaire plus ou moins commun ou, du moins, clarifier les termes mobilisés, voilà sans doute le premier défi des ateliers. Au vu des termes qui en forment l'intitulé-« utopie », « société », « société postindustrielle »-, l'exigence est plus que jamais de rigueur. Le terme « utopie » charrie à lui seul un foisonnement de sens et de problématiques, mais aussi un bouillonnement d'espoirs et d'affects. C'est un mot d'une grande complexité et, disons-le, un mot avec lequel nous nous sommes battus, parfois perdus. A. Les attentes et questionnements initiaux Certains sont militants de longue date et possèdent une réflexion déjà pointue, parfois tranchée, sur les questions sociétales ; d'autres ont étudié l'utopie en tant que genre littéraire ; d'autres encore ont soif de trouver des voies nouvelles concrètes dans une société en panne de projets et voient dans l'atelier une occasion de les produire. Les parcours, les savoirs et les attentes en présence sont fortement variés. Un premier tour de table a permis de récolter une ou plusieurs des interrogations avec lesquelles chacun arrivait dans l'atelier. Les voici en synthèse : Comment sortir de la contestation et produire des possibles ? Comment injecter de l'utopie dans la vie quotidienne ? Comment injecter de l'utopie et/ou du projet dans le secteur socioculturel ? Comment sortir du fatalisme et (se) projeter dans un avenir autre ? Comment ne pas subir le présent-la société contemporaine-et se donner les moyens de choisir une autre société ? Quel nouveau modèle de société proposer ?