Abstract :
[fr] Les éruptions limniques constituent un aléa naturel rare mais potentiellement catastrophique, provoqué par la libération brutale de gaz dissous, principalement du CO₂, accumulés dans les eaux profondes de certains lacs volcaniques stratifiés. Les catastrophes survenues aux lacs Monoun en 1984 et Nyos en 1986, au Cameroun, ont révélé l’ampleur de ce phénomène, mais les recherches ont surtout porté jusqu’ici sur la limnologie actuelle, la chimie des eaux, la recharge en gaz et le dégazage artificiel. Dans ce contexte, cette thèse vise à caractériser les archives sédimentaires du lac Monoun afin d’identifier les signatures associées à l’éruption limnique de 1984 et à d’éventuels épisodes comparables au cours des derniers siècles.
L’étude repose sur une approche multidisciplinaire appliquée à quatre carottes sédimentaires prélevées dans les différents bassins du lac. Elle combine la sédimentologie, l’imagerie CT-scan, la susceptibilité magnétique, la densité gamma, la minéralogie par diffraction des rayons X, la géochimie par fluorescence X, ainsi que les datations au 210Pb, 137Cs et 14C. Les résultats montrent que la sédimentation varie selon les bassins, mais que la carotte LMo23-2, prélevée à 25 m dans le bassin Est, fournit l’enregistrement le plus complet des cinq derniers siècles.
L’analyse multiproxy met en évidence la sidérite comme principal marqueur minéralogique des phases de recharge en CO₂ et des conditions réductrices. Neuf épisodes riches en sidérite ont été identifiés. L’intervalle correspondant à 1984 se distingue par les teneurs les plus élevées, associées à des changements géochimiques marqués, permettant de distinguer une phase pré-éruptive, une phase de saturation maximale et une phase post-éruptive. Cette thèse fournit ainsi la première preuve sédimentaire directe de l’éruption limnique et montre que cet événement dans le lac Monoun en 1984 s’inscrit dans une dynamique récurrente de recharge et de dégazage.