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Abstract :
[fr] Circulent dans les universités ce que j’appelle des « discours de la vulnérabilité » qui structurent les actions concernant les étudiants étrangers, en particulier quand ils ont un vécu migratoire et qu'ils sont identifiés comme étudiants « en danger » par les institutions. L’argument linguistique en particulier (réduit le plus souvent à un déficit de connaissance de la langue d’enseignement) fonctionne comme un discours d’évidence puissant pour justifier les politiques d’accueil (ou d’exclusion), de formation ou d’évaluation de ces étudiants. Je m’intéresserai ici, dans un premier temps, à la façon dont cette notion de vulnérabilité linguistique travaille discursivement, et ce qu’elle dit du rapport à l’altérité. Mon hypothèse est que les usages idéologiques de la notion ont des effets sur les pratiques enseignantes et les dispositifs, qui se révèlent dans certains cas peu évolutifs et peu ambitieux sur les plans linguistique et relationnel. La lecture capacitaire et essentialiste de la vulnérabilité en fait alors un « concept écran » (Knüfer, 2021), empêchant de réfléchir aux rôles de l’environnement, des politiques et de l’ensemble de la communauté universitaire dans l’apprentissage linguistique des étudiants et leur inclusion dans les programmes.
Ces réflexions m’amèneront ensuite à interroger le pouvoir heuristique de la notion au regard de celle de précarité, telle que théorisée par Pivot et Zeiter (2025). En quoi la notion alternative de précarité, définie par les autrices comme un processus dynamique, transforme-t-elle la problématisation de la question sociolinguistique, en particulier en situation d’exil ?