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Abstract :
[fr] Die Wächter des Sarkophags (« Les gardiens du sarcophage ») d’Alexander Kluge paraît en 1996, à l’occasion des 10 ans de la catastrophe de Tchernobyl. L’ouvrage est essentiellement composé de retranscriptions d’entretiens que l’auteur a menés avec différent·es spécialistes, témoins et commentateurs·rices de la catastrophe dans le cadre de ses émissions télévisées Primetime/Spätausgabe, 10 vor 11 et News & Stories entre 1991 et 1994 (Oxana Pentak, Igor Kostin, Viktor Popow, Juri Buzukulow, Swetlana Alexijewitsch e.a.). L’opuscule est augmenté d’un ensemble de photographies documentaires prises sur site les premières semaines suivant la catastrophe, d’un glossaire de quelques noms et termes scientifiques (« Röntgen », « Rem » etc.), mais aussi de noms communs moins spécifiques (« Akademiker », « Havarie » etc.), ainsi que d’une liste technique des centrales nucléaires les plus puissantes du monde. Die Wächter des Sarkophags se présente ainsi comme une succession hybride de plusieurs registres discursifs qui brouillent tout contrat de lecture. Cette façon de procéder est propre à bon nombre d’essais littéraires et audiovisuels de l’écrivain allemand. Une caractéristique distingue toutefois l’ouvrage de 1996. Tandis que Kluge n’a eu de cesse d’explorer les potentialités critiques et créatives de ce qu’il a appelé la « Mischform » (« la forme de mélange ») pour les mettre au service d’un espoir politique et historique dont il attribue une des sources à Theodor W. Adorno, l’ouvrage de 1996 frappe par une forme de pragmatisme et de factualité froide. Partant de cette particularité, ma communication montrera comment, sous le couvert d’un pessimisme distancé ou encore d’un regard « refroidi » par la catastrophe de 1986, Die Wächter des Sarkophags remet en jeu, sans jamais le trahir, l’optimisme du courant chaud de la Théorie critique dont Kluge est un des principaux continuateurs contemporains.