Abstract :
[fr] Les mariages mixtes, autrefois envisagés par les premières générations de migrants,
devenaient mal vus par la communauté au début du siècle. Cependant, ce changement de paradigme ou devrait
on dire, ce retour aux sources, n'était pas seulement dû aux activistes politiques, mais aussi à
l'arrivée de femmes sikhes. Une arrivée stimulée par l’amélioration des conditions de vie et
administrative des hommes sikhs, pouvant alors songer au mariage transnational.
L'anthropologue britannique Arthur Helweg démontre de manière convaincante l'impact de
l'immigration des femmes dans les années 1960 sur la communauté sikhe de la ville de
Gravesend. Il semblerait donc, que les femmes ont renforcé le « contrôle social, qui était moins
important au sein de la communauté masculine » (Helweg, 1986 : 24-60). Les femmes gardaient
de meilleurs contacts avec leurs proches parents au Pendjab et semblaient plus soucieuses
d’entretenir de solides liens avec l’Inde. En outre, elles étaient aussi plus soucieuses de
conserver leur « bonne réputation ».
Les générations nées ou ayant grandi en Belgique acquièrent donc une vision du mariage
et des rapports entre genres opposés (ou similaires) pouvant se montrer différents des normes
et pratiques de la famille et de la communauté d’origine. Ce mémoire se propose donc d’étudier les circonstances de transmission des normes et des mœurs sikhes en diaspora, sous le prisme
du mariage. Nous tenterons, plus généralement, d’expliciter l’ancrage des jeunes générations
dans la communauté, par les règles de mariages héritées de la famille. Plusieurs raisons
motivent, en guise d’approche, le choix de l’alliance matrimoniale.
En effet, l’étude des mariages sikhes implique aussi que l’on se penche sur la parenté
sikhe. Il sera donc important de s’intéresser aux terminologies de parenté sikhe et ses
éventuelles mutations en diaspora, afin d’acquérir une meilleure compréhension de la famille.
La question du religieux sera elle aussi abordée, dans la mesure où le temple que nous avons
ethnographié se présente comme un lieu incontournable pour les futurs mariés ; de plus le thème
du mariage semble souvent revenir dans les conversations. La politique migratoire en vigueur
en Belgique peut fortement conditionner les stratégies de mariage, nous discuterons donc des
mariages transnationaux. Quelle place prend le mariage chez les jeunes sikhs de Liège ? Quels
effets la fréquentation du temple peut-elle avoir sur ces jeunes générations ? Comment les
nouvelles générations choisissent-elles leur partenaire ? Face à différents paradigmes, parfois
contradictoires, comment les jeunes abordent-ils la question des rapports entre genres opposés ?
Quelle est la place des jeunes générations sikhes dans la communauté sikhe de Liège ?
Comment la politique migratoire peut-elle influencer leurs stratégies de choix de partenaire ?
Tant de questions que nous tenterons de répondre dans les paragraphes suivants, des questions
que nous pouvons regrouper en une seule, notre problématique : Comment les règles de
mariage, particulièrement celle du « mariage qui précède la formation du couple », inscrivent
elles les jeunes générations dans la communauté sikhe de Liège ?