Abstract :
[fr] Les « arts du spectacle vivant », portés par l’homme au présent, convoquent par
définition la recherche anthropologique. Ils lui somment de s’appliquer à leurs espaces-temps
performatifs singuliers et s’offrent comme des laboratoires d’analyse privilégiés de l’homme et
de la société. Les univers composant l’événement performatif – espaces-temps sociaux, mais
aussi scéniques (relatifs à la production du « spectacle ») et fictionnels (relatifs à « la fiction »
représentée) –, avec chacun l’homme agissant – l’acteur – en leur cœur, réfléchissent « le
monde », « leur monde », tout en agissant sur eux, dans un réseau d’interactions à analyser. Ici
intervient l’ethnoscénologie, avec en premier lieu l’ethnographie, le terrain et ses méthodes.
L’objectif de mon cours est de faire découvrir pratiquement aux étudiants la perspective
et les méthodes ethnographiques, appliquées à des pratiques performatives contemporaines de
tous types. Les étudiants enquêtent individuellement sur « un terrain » de leur choix : l’intègrent
et s’y immergent, ou prennent du recul sur un terrain qu’ils ont déjà investi, font des recherches
bibliographiques à son propos, prennent des notes dans leur carnet de terrain, les rédigent,
complètent l’enquête – et leurs notes rédigées et corrigées au fur et à mesure par l’enseignant.
Cette discipline de notation, d’écriture et de réécriture doit être expérimentée très régulièrement
par chacun. Chacun rend deux travaux intermédiaires de deux pages et corrige ces écrits, qu’il
intègre ensuite à un plus vaste article, lui-même résultat d’une deuxième phase de travail :
sélection, organisation et présentation de l’information.
Je dois bien avouer que, tout en visant l’objectif de l’écriture ethnographique – d’où les
« je remarque que » (qui d’autre observe que l’observateur ?) et les phrases passives (chaque
action a son sujet) ont notamment disparu –, il a fallu travailler la méthodologie du travail
universitaire générale et rappeler à chacun, voire enseigner de A à F, quelques règles
élémentaires de langue française1.
1Par ex. : « écrire des phrases », avec une majuscule, un sujet, un verbe, un complément et un point.
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Les textes réunis ici constituent le quatrième volume d’études ethnoscénologiques
réalisées par mes étudiants, en cinq années d’enseignement à Paris-8. Les étudiants ont conçu
progressivement ces textes en seulement onze semaines, et les ont repris deux fois (après
correction par l’enseignant), avant d’envoyer une version définitive à distance le
13 décembre 2019 (avant-dernier cours de mon semestre chargé de « chargée de cours »).
Certains articles sont de petites œuvres ayant fait l’objet d’un travail très régulier et appliqué,
tandis d’autres ont été achevés (ou pas, d’ailleurs) dans l’urgence et mériteraient encore un
travail complémentaire. Chaque texte retrace en tout cas concrètement le terrain et tente de
l’expliquer d’une façon à la fois vivante et universitaire. À ce titre et parce qu’ils concourent
au développement de l’ethnoscénologie et à la connaissance du milieu spectaculaire parisien
ces travaux d’étudiants me semblent mériter d’être diffusés, même si cela reste seulement, pour
le moment, dans le cadre de l’UFR-Théâtre et de la bibliothèque universitaire de Paris-8.
À noter : les textes ont été finalisés dans un grand « rêve général » contre la réforme des
retraites, en pleine grève des transports et de mouvement étudiant contre la précarité. Plusieurs
textes traduisent bien, cette année, une conscience et un engagement politique. Plusieurs
terrains singuliers retracent bien certaines dérives et problématiques qu’affronte la jeunesse.
À noter aussi : sept étudiants sur seize suivaient parallèlement le cours « Théâtre et
socio-anthropologie : observer, analyser, créer » de Raphaëlle Doyon. Leurs travaux ont aussi
bénéficié des exercices, des apports théoriques, bibliographiques et pédagogiques de ma
collègue, que je remercie pour avoir à nouveau « partagé les terrains » : nos étudiants ont pu se
concentrer sur un seul terrain et même, cette année, rendre un écrit commun aux deux cours.
Ce Cru 2019-2020 se présente en deux parties comprenant chacune huit textes.
Une première partie « contexte » couvre certains aspects de la scène sociale et professionnelle
actuelle en Île-de-France : Mariama pose le cadre avec ses week-ends à l’armée, mais Raouf le
fait éclater avec son travail au noir sur les chantiers, et Salla renchérit avec ses « billets » de
fatou-fatou cherchant elle aussi à survivre. Pendant ce temps, Maeva et Rosalie travaillent aussi,
pour l’une à Carrefour, pour l’autre au théâtre Marigny, sans que l’on sache bien lequel de ces
lieux offre la meilleure qualité de vie au travail. Puis Léanid traverse l’espace et les époques tel
un dieu russe, mais Léa puis Marie nous ramènent à Paris, dans les squats et dans la rue, pour
retracer certains engagements politiques collectifs du moment.
La deuxième partie présente des éclats de performances : le cadre des disciplines sportives
du tir à l’arc et de l’athlétisme (avec deux beaux textes de Coralie et d’Elie) est à nouveau
chamboulé, avec Bertille qui fait danser les fauteuils, pendant qu’Athoumani krumpe.
S’ensuivent des cours et stages plutôt réjouissants : danser la joie sur des rythmes africains avec
Mamadou, redevenir enfant en Bourgogne avec Noémie, aller toujours un peu plus au-delà des
limites avec Erwan... Ces Actes s’achèvent évidemment sur un Acte utopique : celui d’Emma.