Abstract :
[fr] Contrairement aux avocats (Karpik, 1995 ; Dubois, 2019 ; Dubois et al., 2019), aux notaires (Wuidar & Flandrin, 2022) ou encore aux magistrats (Demoli & Willemez, 2023), les greffes n'ont reçu qu'une attention limitée dans la littérature consacrée à l’étude de l’appareil judiciaire, tant en Belgique que dans les pays voisins (Bossis, 2003 ; Holvast, 2014 ; Bieri, 2016 ; Sanders, 2020). Qu’il s’agisse de la littérature internationale – qui demeure à la fois clairsemée et fragmentée - ou de la littérature belge, les greffes font l’objet d’une forme d’invisibilisation (Star & Strauss, 1999 ; Willemez, 2025).
Ce constat contraste néanmoins avec le rôle central joué par les greffes dans le fonctionnement quotidien de l’appareil judiciaire. Pour comprendre ce rôle, cette analyse mobilise la notion d’interface (Gertz, 1977) afin de penser les greffes comme de véritables gares de triage occupant une position centrale dans la gestion et la continuité des flux de dossiers ainsi que dans leur traduction finale en décisions de justice. C’est en effet le greffe qui, en pratique, assure la coordination de parties prenantes aux logiques d’action et aux temporalités parfois très différentes, en articulant leurs interventions dans le cours de la procédure.
Les données présentées sont issues d'une trentaine d’entretiens semi-directifs réalisés dans le cadre de quatre études de cas menées entre février 2023 et octobre 2025 dans des juridictions du travail contrastées (taille, contentieux, localisation géographique). La méthodologie combine également des observations non-participantes et une analyse documentaire réalisée à partir de documents parlementaires, du site internet des juridictions étudiées, ainsi que de lois et dispositions légales.