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Abstract :
[fr] Ma recherche vise à confronter des textes supra-nationaux protecteurs à la réalité du terrain où des outils tout aussi légaux sont utilisés pour les détourner. Si l’on considère, par exemple, la convention internationale des droits de l’enfant, un enfant n’est illégal nulle part, pourtant les médias parlent de mineurs en situation irrégulière…
Aux portes d’une Union Européenne (UE) aux politiques migratoires restrictives et contribuant aux logiques d’encampement (Agier 2014), la question éducative se déplace en amont pour intervenir concomitamment à la migration et conséquemment à la métamorphose du contexte migratoire. Un facteur de départ pour l’exil est l’information à disposition dans les pays d’origine, circulant notamment grâce à internet (Withol de Wenden, 2016). Pour les migrants actuels, éduqués, connectés, qui entreprennent leur voyage avec un pécule financier, l’école occupe une place centrale sur laquelle ils ne sauraient transiger. L’accès à l’éducation est revendiqué par les migrants eux-mêmes et fait partie du projet migratoire, c’est pourquoi l’on assiste dans certains camps à la création d’écoles qui sont le fait des habitants, pour combler un espace laissé béant par les autorités publiques. Je suis amené à travailler aux portes de l’Europe, dans des pays membres ou non de l’UE mais qui ont en commun d’être perçus comme des pays de transit ou des pays de destination par défaut, où les importantes concentrations de migrants entretiennent l’encampement. J’ai enquêté ces deux dernières années à Calais, en Macédoine, en Serbie, en Grèce continentale et je me projette désormais sur des enquêtes dans les Hotspots (Iles grecques / Italie).
Les données que je souhaite présenter proviennent de l’étude des textes de lois nationaux (France, Grèce, Macedoine, Serbie) et internationaux, d’observations dans des types de camps très différents (camps de vie, camps de transit, centres d’hébergement pour demandeurs d’asile) et d’entretiens semi-directifs avec des représentants d’agences de l’ONU, de ministères, de mairies, d’ONG et de volontaires.
Mes premiers résultats dessinent une approche locale aléatoire quant aux droits de l’enfant et notamment à l’accès à l’éducation. En France, par exemple, la rétention d’informations dans les mairies est un frein à l’inclusion des enfants migrants dans les écoles. Toujours en France, où un mineur est en théorie inexpulsable, l’argument de l’intérêt supérieur de l’enfant est utilisé pour renvoyer des enfants dans leurs pays d’origine. En Grèce, par exemple, l’accès à l’éducation n’est pas possible dans les Hotspots où le gouvernement ne souhaite pas proposer de services efficaces pour ne pas que les migrants envisagent de rester. Toujours en Grèce, l’école est accessible aux migrants sur le continent, même en transit, depuis la rentrée 2017, néanmoins la lente adaptation de la bureaucratie ministérielle à cette problématique et l’immobilisme latent qui règne au niveau local entretiennent la ségrégation.