Abstract :
[fr] Cet article propose l’analyse de trois films culinaires contemporains – La passion de Dodin Bouffant (Trần Anh Hùng, 2023), Hunger (Sitisiri Mongkolsiri, 2023) et Toast (S. J. Clarkson, 2010) – qui articulent étroitement l’expérience gustative et le travail de deuil (amoureux, professionnel et maternel). À partir du concept d’incorporation, envisagé comme matrice de l’introjection, l’article montre comment l’ingestion alimentaire devient la matérialisation symbolique d’un processus psychique se déclinant en trois phases : la satisfaction, la destruction et l’assimilation. La passion de Dodin Bouffant met en scène la satisfaction pulsionnelle en nouant le désir érotique et le désir alimentaire ; Hunger radicalise la dimension destructrice de l’incorporation en exposant la violence archaïque de la faim ; Toast, enfin, figure le passage de l’incorporation mélancolique à l’introjection, en faisant du motif du toast une métaphore du travail de deuil. L’étude articule, dans un même mouvement, l’analyse narrative, l’analyse figurative et l’analyse figurale afin de montrer que, dans ces films, l’invisibilité du psychisme n’est pas seulement racontée, ni symbolisée, mais rendue sensible, engageant de ce fait une forme d’« incorporation » des images chez le spectateur. L’article propose dès lors de penser l’expérience cinématographique elle-même comme un processus d’ingestion et de transformation : voir un film, c’est incorporer des images susceptibles d’être ultérieurement introjectées.