Abstract :
[fr] Eċg wæs iren, átertánum fáh « le tranchant était en fer, versicoloré aux bâtons empoissonnés ». Tel est décrit l’épée Hrunting dans le poème épique de Beowulf. L’histoire fortement symbolique de cette arme, de même que le langage hautement poétique employée dans sa description, soulignent l’importance social et culturel de l’épée dans les sociétés du haut moyen-âge. Même aujourd’hui, les épées damassées capturent l’imagination comme peu d’autres objets archéologiques. Néanmoins, malgré cette fascination, la compréhension populaire, et même, jusqu’à un certain point, académique, des armes damassées reste limité.
Il existe une confusion considérable entre le damas d’assemblage, tel qu’il est implémenté dans l’armement du Haut moyen âge Européen et le « vrai damas », proprement appelé « wootz », développé en Inde et en Asie centrale. Les deux présentent une certain similarité esthétique mais les propriétés physiques des deux méthodes sont considérablement différentes. Cette confusion est peut-être à l’origine de l’attribution de propriétés mécaniques presque mythiques au damas d’assemblage dans l’imaginaire collectif. Décrit comme étant très dur et/ou très flexible et ayant une capacité inégalé pour garder son tranchant, certaines anciens publications vont même à le qualifier comme étant « presque magique » . Les études archéométallurgiques modernes en sont moins convaincus, l’implémentation du damas d’assemblage avait certainement un effet sur les propriétés mécaniques des lames, mais il n’y a aucune évidence pour les affirmations des propriétés particulièrement spectaculaires qui y sont attribués . En effet, au cours des deux dernières décennies, l’étude de ces armes a mené de nombreux chercheurs à la conclusion que le damas d’assemblage était avant tout une technique esthétique .
Pourtant, ces conclusions sont basées sur une sélection particulière d’épées damassés. Les premières études modernes sur celles-ci ont été réalisés en Europe Occidentale mais relativement peu de celles-ci ont été publiés. La vaste majorité des études subséquentes, sur lequel ont été basés ces conclusions, sont concentrés sur des épées retrouvés dans les îles Britanniques et en Europe Centrale. Ces deux régions ont une tradition du damas d’assemblage très différentes d’Europe continental occidental, dans les deux cas des lames damassés sont retrouvés jusqu’au X° voire même le XI° siècle. Par contraste, l’Europe Occidental a vu le technique abandonné dès le VIII° siècle. Cela mène à une question évidente : est-il possible que l’implémentation du damassage à l’ouest du Rhin s’approchait mieux à sa conception populaire ?
Il n’est pas possible d’immédiatement répondre à cette question mais un bon premier pas serait de réaliser une comparaison entre l’implémentation des méthodes de damassage dans les armes de ces deux régions. C’est ce qui a été réalisé dans le cadre de la thèse Acies Ferri. Sept épées damassés ont été étudiés, métallurgiquement et chimiquement, en provenance de 4 nécropoles mérovingiennes en Alsace. En parallèle à celles-ci 6 épées venant du sud de l’Allemagne, la Tchéquie et la Slovaquie ont également été étudiés. Cette présentation se porte sur la comparaison des résultats de celle-ci.