Abstract :
[fr] Introduction : Les personnes trans sont vulnérabilisées et présentent des défis d’accès aux soins. Cette vulnérabilisation s’est encore accentuée avec la panique morale visant actuellement les personnes trans, diffusant haine, violence et désinformation sur un groupe déjà marginalisé. Une panique morale est une « Mobilisation, notamment par les médias de masse et les réseaux sociaux, d'inquiétudes collectives vis-à-vis de certains groupes considérés comme nuisibles [...] Ce groupe est alors diabolisé et devient un groupe bouc-émissaire qu'il faut identifier, combattre et mater. » (Enriquez, 2024, pp. 56-57). Cette panique morale peut être rattachée au pilier « contexte de soin » de l’Evidence-Based Practice (EBP4) dans le but d’en faire une source de preuves à part entière, susceptible d’éclairer la décision partagée et d’influencer la prise en soin globale.
Méthodologie : Notre modèle théorique procède d’un ancrage double : d’une part, une pratique clinique située, issue des soins vocaux transaffirmatifs ; d’autre part, un appareillage théorique et philosophique. Ce croisement nous permet de construire la « logopécare », pensée comme un dispositif analytique à l’intersection des éthiques du care, des théories-politiques queers et des éthiques logopédiques. Cette construction conceptuelle vise à répondre de manière située et réflexive aux tensions éthiques et cliniques observables sur le terrain.
Discussion : La violence et les discriminations subies par les personnes trans influencent leurs objectifs thérapeutiques, le passing genré n’étant pas toujours vécu comme un désir intrinsèque, mais comme une nécessité sociale. La logopécare propose de queerer les soins, de les transformer en un mieux-être interactionnel plutôt qu’individuel. Appliquer une thérapie critique des normes permet d’offrir une boite à outils sans prétendre y saisir la complexité ni la singularité de la personne. Sous cette approche, l’authenticité est parcellaire, négociée entre les objectifs intrinsèques de la personne et les attentes sociales, parfois imposées par un contexte transphobe.