Abstract :
[fr] En Suisse, l’entrée en vigueur en 2006 de l’Harmonisation scolaire au niveau fédéral est venue requestionner un certain nombre d’éléments dans le paysage éducatif romand, notamment concernant l’entrée dans la scolarité se faisant dès lors obligatoirement dès 4 ans. Ce changement politique s’étant répercuté au niveau des prescriptions avec l’apparition de nouveaux plans d’études par région linguistique, de nouvelles questions ont émergé tant du côté du personnel enseignant du cycle 1 (4 à 8 ans) que de celui des formateurs et chercheurs œuvrant notamment à la formation de ces professionnels. Ainsi, le jeu ayant disparu des documents officiels, et la grille horaire des jeunes élèves étant pensée dans une logique de découpage disciplinaire laissant assez peu de place aux activités initiées par les élèves, la place et le rôle du jeu de faire semblant en tant qu’activité essentielle et modalité de travail semblait vouée à être repensé (Clerc-Georgy & Kappeler, 2020).
C’est dans un tel contexte qu’ont vu le jour un certain nombre de projets de formation et/ou de recherche à la Haute École Pédagogique Vaud (HEP Vaud) pour traiter de ces questions au niveau romand . Un CAS dédié aux spécificités des apprentissages des jeunes enfants a été créé, des formations continues en s’inspirant du modèle Lesson Study (LS) ont été mis en œuvre, ainsi que deux projets de thèse ayant impliqué dans leur dispositif de recherche un dispositif de LS, tous au sein du groupe Intervention et Recherche sur les Apprentissages Fondamentaux (GIRAF). Par ailleurs, l’inauguration en 2014 d’un Laboratoire Lausannois Lesson Study (3LS) au sein de la HEP Vaud a marqué l’ambition pour l’institution de participer à l’étude ainsi qu’à la diffusion de ce dispositif en francophonie, bien plus connu et répandu au Japon, aux Etats-Unis ainsi qu’au Nord de l’Europe. L’usage que les chercheur-e-s romand-e-s font de la démarche se veut souple, respectant les éléments essentiels de la LS en favorisant la collaboration entre chercheurs et praticiens, tout en partant des préoccupations du terrain. C’est ainsi qu’une adaptation du dispositif non seulement à l’objet d’étude – à savoir les spécificités d’apprentissage des jeunes enfants pouvant s’appuyer sur le jeu et les activités initiées par les enfants dans notre cas précis – et aux contraintes plus spécifiques au groupe de participants a été réfléchie. En effet, à notre connaissance, les travaux menés à l’international dans le cadre de LS, le font essentiellement à partir d’activités initiées par les enseignant-e-s, mettant de fait de côté les activités initiées par les élèves. Bien que les expériences de lesson studies menées plus spécifiquement en contexte préscolaire, (ou auprès d’enfants âgés entre 4 et 8 ans) soient peu nombreuses, les quelques études ayant fait l’objet de publications internationales présentent des résultats prometteurs pour l’adaptation des LS au contexte préscolaire (Ljung-Djärf & Holmqvist Olander, 2013 ; Lindstrand, Hansson, Olsson & Ljung-Djärf, 2016).
Dans le cadre d’un des projets de thèse du GIRAF, portant sur la transition vers l’école, un dispositif de LS impliquant cinq enseignant-e-s volontaires et deux chercheuses spécialistes des apprentissages fondamentaux a ainsi été déployé pendant une année scolaire. Autour des différents cycles de LS, des enregistrements vidéo de moments de jeu en classe ainsi que des moments d’échanges avec les enseignant-e-s ont été réalisés à la fois en amont, pendant, et en aval de la LS. Si les cinq entretiens de fin d’année avec les enseignant-e-s ont bien permis de recueillir des informations relatives à l’objet d’étude central de la thèse, ils fournissent également un aperçu sur la manière dont ces derniers ont vécu le dispositif. L’analyse narrative (Riessman, 1993, Patterson, 2008) conduite sur les entretiens ayant précédé et suivi la LS (N=10) ont notamment mis en évidence la présence de clauses évaluatives de type comparatif, ainsi que de blocs narratifs de l’ordre de la projection dans le futur.
La communication présentera dans un premier temps les modalités d’adaptation originales du dispositif LS aux spécificités des premiers degrés de la scolarité, et plus particulièrement aux activités peu « anticipables », ainsi qu’aux contraintes du contexte et des participant-e-s. Dans un second temps, les résultats des analyses narratives seront mobilisés afin de révéler les types de projections émises par les enseignant-e-s de l’ordre de l’alternative ou du futur hypothétique en début et en fin d’année. Dans un troisième temps, des pistes de développement du dispositif LS adapté aux premiers degrés de la scolarité permettant à la fois de répondre aux exigences en termes d’apprentissages disciplinaires et aux difficultés rencontrées par les enseignants seront discutées.