Reference : Migrations, circulation et hybridation des idées. L’Iconologie de Warburg à Klibansky
Scientific journals : Article
Arts & humanities : Philosophy & ethics
Arts & humanities : Art & art history
http://hdl.handle.net/2268/235173
Migrations, circulation et hybridation des idées. L’Iconologie de Warburg à Klibansky
French
Hagelstein, Maud mailto [Université de Liège - ULiège > Département de philosophie > Esthétiques phénoménologiques et esth. de la différence >]
2018
Revue Germanique Internationale
Centre National de la Recherche Scientifique
28
La Kulturwissenschaftliche Bibliothek Warburg comme laboratoire
143-158
Yes (verified by ORBi)
International
1253-7837
Paris
France
[fr] Iconologie ; circulation ; théorie des idées
[en] Klibansky ; image ; humanisme
[fr] De nombreux éléments font de Klibansky un continuateur très énergique des propositions de Warburg, réactivées dans le monde des idées (bien davantage que dans celui des images). Klibansky occupe en réalité un positionnement inédit dans le paysage intellectuel européen. Il est à n’en pas douter un protagoniste important de l’humanisme dans le champ de l’histoire de l’art – ce qui a été mis en lumière de nombreuses fois (les spécialistes soulignent régulièrement son antiautoritarisme en rappelant l’importance des concepts de liberté et de tolérance dans sa pensée), en dépit du fait qu’aujourd’hui le terme « humanisme » se murmure généralement du bout des lèvres, car il n’a pas bonne presse. Mais au-delà de son engagement idéologique en faveur des valeurs humanistes, son œuvre est aussi – telle est l’hypothèse que je propose ici d’étudier – directement articulée aux principes de l’iconologie critique warburgienne, que Klibansky transpose en quelque sorte au champ des idées, ou dont il partage en tout cas les principales intuitions méthodologiques. Le champ des idées n’était évidemment pas indifférent à Warburg ; il serait réducteur de décrire son projet comme une enquête sur des motifs strictement artistiques, ou même visuels. Sur le modèle warburgien, on pourrait décrire Raymond Klibansky comme un « iconologue de la pensée », c’est-à-dire en quelque sorte un pisteur de concepts, capable d’en retracer les trajectoires à travers le temps, capable donc de montrer comment se déplacent, s’échangent et se transforment les idées. En héritier de son professeur à Heidelberg Karl Jaspers, mais aussi en iconologue acharné, Klibansky met le problème de la lecture au centre de ses préoccupations, comme son éducation l’invite à le faire : « J’ai adopté cette méthode dans mes cours – : il s’agissait d’abord de lire. Par exemple, quand on lisait Goethe ou Schiller, il fallait premièrement résumer l’essentiel de ce que l’auteur disait. Deuxièmement, poser des questions sur ce qui pouvait s’interpréter de diverses façons. Troisièmement, et troisièmement seulement, apporter critique et jugement. Ce qui primait, c’était la compréhension, l’effort de comprendre ce que veut dire l’auteur et savoir le ré-exprimer ». Le thème de la lisibilité du monde (entendu comme système de significations) était central également dans la pensée de Cassirer. La mise à l’épreuve de cette hypothèse – selon laquelle Klibansky serait un « iconologue des concepts » – est sans doute paradoxale, pour la raison qu’il manipule effectivement des concepts plutôt que des images (Eikones). Ce qui le différencie d’un historien des idées au sens plus classique ne saute pas directement aux yeux. Elle présente pourtant à mes yeux un double intérêt. En premier lieu, elle permet de sortir de l’opposition trop frontale du mot et de l’image, qui sont incontestablement des entités symboliques différentes en leur nature, mais qui peuvent aussi avoir parfois des « comportements » communs. La stérilité de certains débats liés à l’Iconic turn, et notamment la conviction radicale d’une supériorité de l’image sur le langage (qui répond bien entendu à la conviction inverse dans le camp des défenseurs du Linguistic turn), pourrait ainsi être mise à mal. En second lieu, cette hypothèse paraît avoir comme avantage de se concentrer sur les aspects les plus dynamiques de l’iconologie. Prise de la sorte, la méthode iconologique prendrait finalement tout son sens critique : elle ne se définirait pas dans sa capacité à expliquer définitivement (et donc à fixer) des entités visuelles, mais plutôt dans sa capacité à décrire des mouvements, des échanges et des retournements (quels que soient les symboles sur lesquels elle porte).
On étudiera donc ici la manière dont le travail de Klibansky active les principes centraux de l’enquête iconologique, et comment il décrit, après, avec ou contre d’autres, les mouvements de la culture : migration – circulation – hybridation. Ces trois axes sont directement empruntés à Warburg. En les reconstruisant explicitement, on propose de repenser de manière dynamique l’attachement de Klibansky à la « tradition ». Personne ne contestera que ce motif est central dans les textes du philosophe. Or par tradition, on ne devrait pas entendre « confirmation des idées victorieuses du passé », mais y repérer au contraire le fait que Klibansky développe, dans le sillage de Warburg, une attention aiguisée à l’énergie créatrice et transformatrice de l’héritage.
Researchers ; Students
http://hdl.handle.net/2268/235173
Sous la direction de Carole Maigné, Audrey Rieber et Céline Trautmann-Waller

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