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Abstract :
[fr] Depuis que les musées ont rouvert leurs portes, entre la fin de l’année 2020 et le début de l’année 2021, ils ont mis en place des stratégies de communication qui ont modifié le déroulement physique de la visite. L’aménagement spatial post-pandémique a dû intégrer des règles de comportement, parfois très strictes : port du masque, distanciation entre les visiteurs, modifications des parcours de circulation, limitation du nombre de personnes. Le défi pour les institutions consistait à concevoir une visite agréable malgré ces restrictions, d’autant plus que l’attitude restrictive ou régulatrice adoptée dans l’espace physique contrastait avec l’attitude accueillante et conviviale qu’elles maintenaient sur les réseaux sociaux. Toutefois, il ne s’agissait pas seulement d’une contradiction entre les pactes énonciatifs configurés dans les espaces physique et virtuel.
Durant ces mois, le dispositif qui a géré l’accès à l’expérience muséale a été l’écran : celui du smartphone, de l’ordinateur et de la tablette. Ces dispositifs ont été davantage que des médiateurs du monde — un monde devenu interdit — ; ils se sont progressivement transformés en une prothèse du corps humain. En 2007, Oscar Traversa revient sur une conférence qu’il avait donnée en 2004 lors d’une séance du « Groupe d’étude de Sémiotique et Communication », auquel participaient également Marita Soto, Oscar Steimberg et Eliseo Verón. Le thème proposé à cette occasion était « Théories des écrans ». Traversa le reprend afin de souligner la nécessité d’étudier cet objet, son apparence et ses usages, dans le but de « dénaturaliser » cette médiation vers le monde, comme contribution nécessaire à la compréhension des processus cognitifs d’exécution.
Dans cet article, Traversa (2007) soutient que les écrans ne viennent pas compléter les actions et les procédures susceptibles d’être exécutées à travers eux, mais qu’ils constituent l’espace même de leur exécution. Ce phénomène peut produire, ultérieurement ou simultanément, des effets ou des chaînes d’effets sur d’autres artefacts, donnant à leur tour lieu à des actions dans le monde. En tant que médiateur, l’écran deviendrait ainsi une extension de nos effecteurs corporels. L’une des manières d’atténuer les inconforts et les restrictions spatiales au musée a consisté à incorporer cette prothèse à l’expérience physique. Depuis lors, des stratégies ont été mises en œuvre afin de proposer une visite physico-virtuelle médiatisée par les réseaux sociaux et les applications — les hashtags et les codes QR étant parmi les dispositifs les plus couramment employés. Ainsi, la catégorie toujours hétérogène de « public » doit aujourd’hui inclure aussi bien ceux qui visitent le musée in situ ou en ligne que ceux qui n’entrent en contact avec lui qu’à travers les réseaux sociaux.La présente proposition vise à étudier les modalités selon lesquelles le MALBA et le Museo Reina Sofía ont intégré l’usage des téléphones mobiles dans leurs espaces d’exposition, afin d’analyser la construction des différents collectifs — visiteurs, followers et audiences — et des identités qui leur sont associées.