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Abstract :
[fr] Ces dernières années, le débat autour de l’intelligence artificielle générative (IAG) dans le monde de l’art s’est principalement concentré sur deux questions : le statut artistique des projets coproduits avec des modèles algorithmiques et le possible remplacement de fonctions traditionnellement associées aux êtres humains, telles que la créativité ou le jugement curatorial. Cependant, ces technologies n’introduisent pas de rupture radicale dans l’histoire de l’art contemporain, mais intensifient une opération déjà constitutive du domaine artistique lui-même : sa dimension métacritique.
Dans cette intervention, nous proposons de déplacer le centre du débat. Plutôt que de nous demander ce que l’intelligence artificielle peut faire dans le domaine de l’art, il s’agit d’analyser ce qu’elle permet à celui-ci d’observer de lui-même lorsqu’il l’intègre à ses pratiques productives, curatoriales et institutionnelles. Nous soutenons que les projets coproduits avec l’IAG constituent des espaces privilégiés pour observer les opérations internes du domaine artistique, en rendant visibles des stéréotypes d’acteurs, des modèles discursifs et des formes de conduite qui assurent sa relative autonomie, tout en révélant ses ajustements permanents avec d’autres domaines sociaux, tels que les médias, les réseaux sociaux, la science et la technologie.
Dans cette perspective, nous articulerons les apports de la sémiotique contemporaine, en particulier ceux d’Eliseo Verón et de Pierluigi Basso Fossali, avec les notions de registre, de stéréotype et d’enregisterment proposées par Asif Agha. Ces approches seront appliquées à l’analyse de deux corpus : d’une part, des projets dans lesquels des modèles d’IAG assument le rôle de commissaires d’exposition ; d’autre part, des installations récentes présentées au MoMA et à la Tate Modern, telles que Unsupervised de Refik Anadol et In Love with the World d’Anicka Yi.
L’analyse permettra de montrer comment ces projets rendent visibles aussi bien la stabilisation de registres curatoriaux que la configuration historique de registres comportementaux et visuels de la visite. En particulier, les images produites et partagées par les visiteurs sur les réseaux sociaux mettent en évidence les conditions sociales et institutionnelles qui participent à la construction du stéréotype du « visiteur idéal ».