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Abstract :
[fr] Cette communication porte sur un projet de télécollaboration qui a eu lieu tout au long de l’année scolaire 2024/25. Ce projet concerne deux classes d’accueil d’élèves nouvellement arrivés, dits migrants, allophones, etc., soit deux classes que le monde de l’école peut considérer comme « mêmes » : une « Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants » (UPE2A ; région parisienne, France) et un « Dispositif d’Accueil et de Scolarisation des élèves Allophones et Assimilés » (DASPA ; Liège, Belgique). Nous nous sommes intéressés au public d’élèves dits allophones car, au fil de notre pratique sur différents terrains d’apprentissage de la langue du pays d’accueil (publics migrants adultes, étudiants réfugiés…), il nous a semblé que ce public est souvent perçu dans l’imaginaire collectif du système éducatif du pays en question comme un public « non sachant », « non maîtrisant » (la langue, la culture générale et la culture scolaire du pays en question) et, de ce fait, peu intéressant pour les enseignants et les élèves des classes ordinaires.
Le dispositif de télécollaboration mis en place dans le cadre de ce projet a pour problématique centrale la relation à l’altérité (i.e., potentiellement la relation au « différent », au « similaire », au « même », etc.) via le numérique. Plus précisément, il s’intéresse, en priorité aux effets d’une présence (Jézégou, 2010) « comparable à soi », venant de la distance sur les stratégies d’apprentissage et sur les facteurs motivationnels. En effet, les élèves dits allophones des classes de notre projet sont issus, pour la plupart, des mêmes pays, ont plus ou moins le même âge et sont tous scolarisés en langue française dans deux pays francophones différents.
Au cours de notre présentation, nous exposerons, dans un premier temps, l’arrière-plan théorique qui a nourri notre réflexion pour la mise en place de ce projet : celui des littératies critiques, de la littératie numérique (Caws et al., 2021), des approches sensibles et émancipatoires (Freire, 1968/2021), des plurilinguismes/(inter-)culturalités (Zarate et al., 2008 ; Castellotti, 2017). Nous procéderons, dans un deuxième temps, à la mise à plat du projet dans ses différentes étapes et des différentes productions préparatoires des élèves avant la réalisation effective des séances de télécollaboration. Le corpus de cette étude se compose à la fois d’observations participantes longitudinales (une fois par semaine sur environ six mois), d’échanges informels avec les élèves et les enseignantes en charge des deux groupes, des productions pré-télécollaboration des élèves et des enregistrements des séances de télécollaboration.
En nous appuyant sur ces différents « matériaux » discursifs plurisémiotiques et multimodaux issus d’une approche ethnographique ainsi que sur une analyse discursive des stratégies de communication mobilisées tout au long des séances de télécollaboration, nous présenterons, dans un troisième temps, quelques premiers résultats en lien avec l’ouverture à l’Autre grâce à la mise en confiance du Même : comment la posture des élèves évolue-t-elle au fil du projet ? Se révèlent-ils petit à petit, au travers d’une relation de mise en confiance, à l’Autre dans la pluralité de leurs répertoires linguistiques, de leurs savoir-faire et savoir-être pluri-/interculturels ? Avant, pendant et après les séances de télécollaboration, la « familiarité » de ce qui est considéré comme Même (les élèves de la classe de télécollaboration) apaise-t-elle les inquiétudes des supposées « hétérotopies » (Foucault, 1966) ? Par quelles pratiques translangagières les « opprimés » (Freire, 1968/2021) se libèrent-ils par la mise en contact avec l’Autre parfois si étrangement Même (Alais, 2022) ?
Pour répondre à ces questions, nous mobiliserons notamment les trois dimensions cognitive, socio-affective et pédagogique proposées par Jézégou (2010) comme modélisation de la présence en e-learning. Ces résultats, issus notamment d’un niveau micro (celui des productions personnelles et des échanges interpersonnels de deux classes d’élèves dits allophones), nous permettront d’amorcer le débat autour de certains éléments de reconsidération des dispositifs et des curricula de scolarisation pour élèves dits allophones.