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Abstract :
[fr] Les fictions d’anticipation dystopiques mettent en scène des sociétés fragilisées, confrontées à des crises existentielles qui appellent des réponses politiques, sociales et éthiques. La place dévolue aux personnages féminins y est déterminante. Longtemps assignée au rôle de victime, de proie ou de créature à sauver, la femme devient progressivement actrice de la résistance, garante de la survie ou porteuse d’alternatives.
Cette communication a proposé d’associer poétique romanesque et pragmatique des fictions afin d’analyser les interactions entre les imaginaires littéraires et les discours sociaux dans l’assignation de la place du féminin. Elle s'est centrée sur un corpus francophone encore peu étudié, de Joëlle Wintrebert (Chromoville, 1984) à Jacqueline Harpman (Moi qui n’ai pas connu les hommes, 1995), en passant par des dystopies écrites par des femmes (Renée Dunan, La Dernière jouissance, 1925) ou des hommes (Xavier de Langlais, L’Île sous cloche, 1946) dont les figures féminines, qu’elles soient protagonistes, résistantes ou fondatrices, incarnent des modèles de pensée et d’action qui questionnent et explorent les possibles.
Parallèlement à la tradition anglophone, qui d’Ursula Le Guin à Margaret Atwood a explicitement investi la question féministe, cette communication a tenté de montrer que la fiction spéculative dystopique francophone propose son propre répertoire de rôles féminins et de modes d’agir, où ne se dessine d’ailleurs pas toujours la possibilité d’une société plus juste et plus égalitaire, ni même une issue salutaire, mais dont les scénarios sont puissamment investis dans une visée de critique, d’alerte ou de conjuration du pire.