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Abstract :
[fr] Documenté de façon continue sur plus de trois millénaires et demi, l'égypto-copte constitue un terrain d'observation privilégié pour l'étude du renouvellement cyclique des marqueurs grammaticaux. La présente communication porte sur le vétitif, entendu comme catégorie fédératrice de l'injonction négative — recouvrant le prohibitif (deuxième personne) et le jussif négatif (première et troisième personnes) —, et retrace les réorganisations successives de ce domaine fonctionnel, de l'ancien égyptien au copte.
Sur le plan diachronique, la construction principale de la défense (m + complément verbal négatif, relevant du type 4 de la grille de van der Auwera & Lejeune) cède progressivement la place, à partir de la 18ᵉ dynastie, à une périphrase m-jr + infinitif, univerbée en copte sous la forme mpr- : un cycle d'environ quinze siècles, que le jussif négatif reproduit par analogie (m rdj + subjonctif → m-jr dj.t → mprtre-), avant qu'un nouveau cycle ne s'amorce en bohairique tardif. Les dialectes coptes méridionaux, où la défense se construit avec mn-, issu d'un existentiel négatif, documentent quant à eux une voie de grammaticalisation remarquable et indirecte : le marqueur s'implante d'abord dans le jussif négatif de troisième personne, puis gagne le prohibitif par extension analogique — un détour que reproduit le guèze (ˀalbo) et qui invite à élargir la comparaison au sein de l'afroasiatique.
Ces évolutions ne constituent pas des cycles de Jespersen au sens strict — aucun renforcement par minimiseur n'y est impliqué —et leurs catalyseurs sont d'un autre ordre : glissements sémantiques internes au domaine déontique (causatif > jussif > optatif), analogie entre constructions paradigmatiquement liées, changements morphosyntaxiques indépendants (le basculement du synthétique vers l'analytique), et pression de la politesse sur les actes de défense. L'égyptien suggère ainsi que les cycles du vétitif tiennent moins au renforcement expressif qu'à des réorganisations en chaîne d'un micro-paradigme, où l'analogie entre constructions voisines s'avère le moteur décisif.