No document available.
Abstract :
[fr] n enfant ne naît pas sikh pratiquant, il apprend à le devenir (Johnson 2011, 250)2.
Cette transmission s’opère non seulement par la pratique quotidienne, mais aussi à travers les
Janamsakhis, récits hagiographiques relatant notamment la vie et les enseignements de Guru
Nanak (1469-1539), fondateur du sikhisme (Singh 1992 ; Jakobsh 2012). Encadrée par un
membre de la famille, cette narration joue un rôle fondamental dans la construction d’une
identité sikhe fondée sur les principes du Khalsa3 (Bertolani et Boccagni 2023 ; Ewers 1992).
Le gurdwara – temple sikh, lieu de culte, de partage et de socialisation – constitue à ce titre un
espace central pour la perpétuation des normes et pratiques sikhes. Pourtant, en contexte
migratoire, les enfants y passent relativement peu de temps. Dans cette perspective, l’espace
familial apparaît comme un lieu privilégié de l’apprentissage et de l’intériorisation de l’identité
sikhe.
Notre intervention poursuit trois objectifs : 1) proposer une approche méthodologique
innovante en nous appuyant sur les travaux de Bertolani et Boccagni (2023), qui conceptualisent
le foyer familial sikh comme une reproduction du gurdwara, où les processus d’apprentissage
et la spatialisation des objets et des corps présentent des similitudes. 2) Mettre en discussion
ces deux espaces de socialisation afin d’évaluer leur rôle respectif dans la construction de
l’identité sikhe. 3) Identifier les modalités de transmission des normes matrimoniales genrées
dès l’enfance, en explorant leur lien avec l’apprentissage du Sikhi4 au sein de la famille et du
gurdwara.
Nous chercherons ainsi à répondre aux questions suivantes : comment se transmet le Sikhi aux
enfants dans ces deux espaces ? Quels sont leurs rôles spécifiques et complémentaires ? En quoi
l’apprentissage de l’identité sikhe contribue-t-il à l’intériorisation des normes matrimoniales ?
Pour répondre à ces questions, nous avons adopté une approche empirique, reposant sur
l’observation participante au sein de la communauté sikhe liégeoise. Deux types de matériaux
seront mobilisés : l’iconographie et la culture matérielle du Sikhisme. Si l’apprentissage des
gestes rituels et la participation des enfants aux activités du gurdwara peuvent impliquer une
forme d’imposition (Segalen 2017), Bandura insiste sur les compétences autoréflexives,
autorégulatrices et auto-organisationnelles des individus (Bandura 2001 ; Lahire 2006). En ce
sens, notre étude mettra en lumière la « capacité d’agir » des acteurs (Butler et al. 2012) en
questionnant leur rôle, aussi bien dans la sphère publique que privée, et en interrogeant les dynamiques de transmission et de transformation des normes à partir de l’enfance. Cette
capacité d’agir semble aussi se matérialiser par le jeu des enfants. Ainsi, par la formation de
petits groupes de jeux, les enfants vont questionner la répartition genrée de l’espace du temple.
Ce sera l’occasion pour nous de venir, à notre tour, questionner le jeu des enfants. En nous
appuyant sur un mode d’expression et de communication « émic » (le jeu), nous souhaitons
réaliser une ethnographie du jeu chez les enfants. Il s’agira alors d’identifier les types de jeux,
les représentations sous-jacentes, les héros et héroïnes, les grandes figures sikhes ainsi que les
valeurs morales associées. La « négociation du terrain » se fera par l’adoption de la posture du
modérateur. Ce qui nous évitera de jouer directement avec les enfants tout en participant
activement. L’ethnographie du jeu sera mobilisée aussi bien dans le temple, espace collectif,
que dans le foyer, puisqu’il semble s’agir d’un mode d’expression préférentiel à partir duquel
s’observerait l’intériorisation des récits hagiographiques.
Title :
Le foyer, une extension du gurdwara en migration ? Identité, enfance, iconographie et culture matérielle sikhe (Belgique)