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Abstract :
[fr] En 1618, le jésuite liégeois Hubert de la Tour, récemment arrivé au Pérou, exhorte ses frères d’Europe à rejoindre la mission, affirmant qu’« il y a de l’exercice à foison pour un ardent zèle des âmes ». Cet appel ne reste pas sans écho : dans son sillage, une dizaine de religieux originaires de nos régions quittent l’Europe pour évangéliser l’Amérique. Ce mouvement s’inscrit dans un contexte local favorable : terre de frontières confessionnelles, Liège avec ses collèges jésuites, wallons et anglais, est le lieu d’une intense activité religieuse, intellectuelle et sociale. La lecture de récits missionnaires, diffusés dans ces milieux, a suscité des vocations et excité l’imaginaire d’une mission lointaine.
Arrivés au Canada, au Mexique, au Paraguay ou en Colombie, ces hommes participent à la construction de réseaux transatlantiques durables entre l’Europe et l’Amérique. Mais comment expliquer leur départ ? Quels imaginaires, quelles motivations et quelles stratégies les ont animés ? Et comment leur action missionnaire s’est-elle inscrite dans les dynamiques, souvent asymétriques, de la colonisation et de la rencontre avec les populations autochtones ?
Dans un contexte où la Belgique s’engage dans un vaste travail de relecture de son passé colonial, l’étude de la participation de religieux s’impose, alors même que l’histoire des missionnaires de nos régions fait l’objet de notables lacunes mémorielles. Cette conférence propose ainsi d’analyser la contribution des missionnaires liégeois à l’évangélisation de l’Amérique, en restituant à la fois leurs motivations spirituelles et leurs pratiques concrètes. Elle vise de cette manière à mieux comprendre l’articulation entre projet religieux et entreprise coloniale, dont les conséquences perdurent sur le premier continent de la catholicité.