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Abstract :
[fr] L’expérience cinématographique peut être pensée comme une expérience du seuil. Le spectateur est à la fois sujet pris dans le dispositif cinéma, à la fois sujet incarné, qui perçoit et comprend le monde depuis son corps, ses sens, sa mémoire et ses affects. La représentation cinématographique du goût rend perceptible cet entre-deux ordinairement latent. Les séquences gustatives entremêlent une esthétique de la représentation (logique de distance et de signification imposée, où le spectateur est assigné à une position d’observateur passif), et une esthétique de la présence (logique d’épreuve sensible où l’image ne prend sens qu’à travers l’engagement corporel de celui qui la perçoit). Structurellement paradoxal, la représentation du gustatif sollicite le corps du spectateur tout en l’empêchant d’accéder à la sensation réelle, l’écran apparaissant simultanément comme barrière et comme médiation.