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Abstract :
[fr] Les violences sexuelles occupent une place particulière dans l’imaginaire collectif : elles
incarnent à la fois l’horreur absolue et la transgression ultime des normes morales. De l’affaire Dutroux à celles d’Outreau ou d’Angers, la pédocriminalité suscite de vives émotions collectives, nourrit des paniques morales (Cohen, 1972) et cristallise les attentes sociales en matière de sécurité et de justice. Ces faits divers condensent des peurs collectives liées à la corruption morale et à la vulnérabilité de l’enfance, mobilisant à la fois l’imaginaire du mal absolu et le besoin social d’explication (Campion-Vincent, 2006).
Dans ces contextes de forte charge émotionnelle, la peur et l’indignation tendent à se substituer au raisonnement critique (Garcin-Marrou, 2004; Schreiner et al., 2017). La quête de vérité (Nera et al., 2018) se transforme alors en besoin de certitude, donnant naissance à des récits où l’individu coupable s’inscrit dans une trame collective : celle d’un réseau d’élites accusés de commanditer des enlèvements d’enfants (van Prooijen, 2024). Ce déplacement du soupçon s’opère vers des figures qui suscitent déjà une méfiance, traduisant un mécanisme de canalisation de la peur et du ressentiment (Haarscher, 2004). Ainsi, se constitue un terrain propice aux narratifs complotistes, portés principalement par les mouvances QAnon (Amarasingam & Argentino, 2020; Bloom & Moskalenko, 2022).
En adoptant une approche qualitative inspirée des études de cas multiples (Yin, 2017), cette communication interroge la manière dont les récits complotistes se greAent sur des scandales réels (Hornsey et al., 2023) et sur les dysfonctionnements révélés (Etchegoin & Aron, 2005). Elle propose de comprendre comment ces narratifs transforment la perception sociale des violences sexuelles, brouillant les frontières entre savoirs scientifiques, croyances populaires et émotions collectives.