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Abstract :
[fr] Le Charivari lancé en 1832 par Philipon et Aubert a popularisé une formule originale de publicité et de promotion socioculturelle. Alliant presse, écho de la vie publique et spectacularisation de l’actualité par la gravure et la lithographie, il a forgé un art de la dérision et de la réflexivité médiatique. S’y élabore une double charge contre la mondanité bourgeoise et contre certaines figures politiques, au profit d’une consécration alternative valorisant les célébrités du crayon (Daumier, Grandville, Cham, Doré, Nadar), les journalistes (Pierre Véron, Louis Huart, Philipon lui-même) et les vaudevillistes, souvent présentés dans des galeries humoristiques qui instituent une fabrique non officielle de la célébrité.
Ce paradigme médiatique circule jusqu’au Brésil : O Charivari (Rio, 1852-1855), dirigé par Araújo Porto-Alegre, s’inspire explicitement du modèle parisien, bientôt relayé par O Charivari Nacional (1859 puis 1862) et, dans son sillage, par d’autres titres satiriques illustrés tels que O Mosquito (1869-1877) ou Revista Illustrada (fondée en 1876 par Angelo Agostini). Et, de même que le Charivari parisien a engendré des variantes provinciales, il y a eu des Charivaris à Salvador de Bahia, São Paulo et Recife. Cette circulation invite à interroger ce que l’exportation du modèle médiatique puissant du charivari fait, en mots et en images, à la chronique de la célébrité et de la mondanité. D’un continent à l’autre, des figures publiques sont ainsi, par le journal, chahutées au triple sens de bousculées, contestées et assourdies par un tapage populaire qui se veut plus fort que la rumeur médiatique.
En France, les caricatures de Cham multiplient les « Salons caricaturaux » visant Ingres, Delacroix, Horace Vernet, tandis qu’au Brésil, les pages charivariques ciblent les célébrités impériales (Dom Pedro II, Teresa Cristina), les ministres du Second Règne (Zacarias de Góis e Vasconcelos, Nabuco de Araújo) et les mondanités de la haute société carioca. En France, c’est une expression républicaine à tonalité variable selon les régimes ; au Brésil, c’est une satire du souverain et du cabinet dans un cadre monarchique. Quels écarts peut-on alors constater entre la moquerie des « lions du jour » parisiens (Offenbach, Haussmann, Hugo) et la satire des notabilités impériales de Rio ? À quelles modulations du rapport à l’espace public et à ses figures les plus saillantes ces Charivaris français et brésiliens participent-ils respectivement ?
Cette communication centrée sur l’étude comparative du Charivari entre la France et le Brésil pour la période 1850-1862 propose une cartographie des figures publiques traitées, des valeurs mobilisées et des procédés satiriques employés, afin de mieux cerner les transferts culturels qui, d’un continent à l’autre, ont reconfiguré les modalités médiatiques de la célébrité et de sa mise en scène, à une époque qui prépare l’émergence dans la décennie suivante des vedettes internationales comme Sarah Bernhardt.
Event organizer :
Éléonore Reverzy, Pedro Paulo Catharina et Gilberto Araújo, Rio de Janeiro, Universidade Federal do Rio de Janeiro