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Abstract :
[fr] La muséalisation est, pour une œuvre d’art autant que pour l’expérience que l’on en fait, un geste à l’incidence lourde. Muséaliser, c’est couper une œuvre de son contexte de production et la déplacer dans un dispositif de réception qui entretient souvent peu de liens avec ses conditions de création. Entre les deux, pourtant, on suppose l’œuvre d’art « intacte » et capable de susciter dans le chef du public une émotion ou une activité interprétative productrice de sens. Mais rien de moins systématique là-dedans. La rencontre entre une œuvre et un public n’est pas un phénomène automatique. Il faudrait d’ailleurs penser le contraire : la rencontre entre une œuvre et son public procède d’une opération méthodique autant que du hasard. Si quelque chose se produit, s’il y a événement pour un·e spectateur·ice au contact d’une œuvre, alors il faut supposer que le musée a dû se livrer à une stratégie qui, en un sens, a réussi. Comment un musée s’y prend-il pour accueillir des objets et des formes dont le lien à l’expérience vitale serait préservé ? Quel type de territoire un musée doit-il constituer pour que les œuvres qu’il abrite continuent de vibrer au rythme de la vie vécue ? Les arts en marge, en ce que leur histoire est celle d’un rapport ambigu à la muséalisation, fait de retards et de résistances, présentent l’opportunité radicale d’interroger le monde de l’art dans son ensemble. En un certain sens, on peut dire que les arts en marge mettent en échec le dispositif du musée. Marges et musée sonnent en effet comme une contradiction dans les termes. Car si le musée est un instrument qui œuvre dans le sens d’une plus grande centralisation, ce qui est à la marge est censé lui faire obstacle. Il importe de souligner combien cette contradiction est féconde. Les arts en marges font basculer le dispositif du musée lui-même dans le registre de la question : ils permettent d’interroger sa pertinence dans nos régimes de sensibilité contemporains. Gageons que les œuvres qui pensent le territoire esquissent elles-mêmes plus que des questions, et offrent au musée des ressources propres à le maintenir en vie.