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Abstract :
[fr] Les Néandertaliens sont souvent classés, à l’instar des hyènes ou des ours des cavernes, dans la catégorie des grands prédateurs carnivores de la Préhistoire. En effet, c’est ce que semblent indiquer les analyses chimiques sur leurs squelettes, ou encore l’abondance en vestiges osseux sur les sites archéologiques. Aujourd’hui, les traces de découpe sur les ossements des animaux consommés constituent le principal proxy pour identifier les activités de boucherie des Néandertaliens. Néanmoins, nombre d’actions liées à l’exploitation des carcasses animales ne laissent aucune trace sur les os. L’analyse des traces d’utilisation des outils utilisés tout au long de l’activité de boucherie offre dès lors un complément d’information essentiel pour mieux comprendre les pratiques alimentaires néandertaliennes.
Pour développer des clefs de compréhension des traces d’utilisation des outils préhistoriques, le développement de référentiels tracéologiques repose sur le principe que des actions reproduites aujourd’hui dans des conditions analogues génèrent des traces comparables à celles du passé. Ces expérimentations sont très rarement et marginalement réalisées par des artisans qualifiés ayant une connaissance poussée des gestes et de la matière travaillée. Or, les paramètres composant la maîtrise technique (adéquation de la force appliquée, de l’angle de travail et de la nature du geste entre autres) rentrent en jeu dans la formation d’une catégorie de traces d’utilisation : les fractures. Longtemps jugées peu diagnostiques et encore largement sous-exploitées, celles-ci constituent selon nous un levier prometteur pour mieux identifier les outils de boucherie dans les assemblages archéologiques. Pour cela, il est nécessaire de comprendre finement leur formation et de développer des référentiels fondés sur un haut niveau de compétence technique, plus proche de celui supposé des artisans préhistoriques.
Nous avons donc conduit un projet en sciences participatives impliquant les élèves et professeurs de la formation boucherie-charcuterie de l’école d’Hôtellerie et de tourisme de la ville de Liège. En décembre 2024, ils sont venus dans les locaux de l’Université de Liège pour procéder à la boucherie de deux cervidés. En mobilisant des bouchers expérimentés, nous avons documenté les gestes professionnels de découpe bouchère à l’aide d’outils en silex, ainsi que l’ensemble des fractures liées à leur utilisation. Cette démarche a permis de constituer un référentiel fondé sur une haute maîtrise technique et d’interroger, à travers les choix opérés par les bouchers, les dimensions fonctionnelles et techniques des outils préhistoriques.
Cette expérimentation a favorisé un échange approfondi entre archéologues et bouchers, et a généré un ensemble substantiel et varié d’observations. Celles-ci soulèvent des questions majeures concernant l’efficacité fonctionnelle des outils lithiques, leur durée réelle d’utilisation et les biais potentiels introduits par des expérimentations menées avec des compétences techniques limitées. Cette phase pilote constitue ainsi une première étape essentielle, fournissant des résultats préliminaires qui orienteront les prochaines étapes du projet participatif.