[fr] Cette présentation lit de près le §36 du Monde comme volonté et représentation pour montrer que Schopenhauer y concentre sa théorie de l’art et du génie. L’art n’est pas divertissement ni imitation, mais connaissance des Idées, obtenue en suspendant le principe de raison : l’objet esthétique est arraché aux chaînes causales et utilitaires et devient « représentant du tout ». De là se déduit le génie : celui qui peut accéder à la contemplation en s’effaçant comme individu, jusqu’à devenir pur sujet connaissant, « œil du monde ». La différence avec l’expérience esthétique ordinaire tient surtout à la durée et à la capacité de reconduire ce qui a été contemplé dans une œuvre. Schopenhauer explique cette aptitude par un excès d’intellect (surplus non requis par la vie pratique), qui produit un paradoxe : agitation dans l’existence quotidienne, mais lucidité calme dans la contemplation, au prix de la solitude et d’une sensibilité accrue. L’imagination est décisive : elle permet d’universaliser à partir du peu, de dépasser la contingence, et de voir ce que la nature « a voulu » former. Mais elle reste ambivalente (rêverie narcissique vs imagination contemplative). Enfin, notre lecture souligne les conséquences : pas de génie scientifique (science = principe de raison), méfiance envers les mathématiques, création par à-coups (d’où le mythe de l’« inspiration ») et proximité structurale avec la folie, sans confusion : le fou rompt le lien rationnel par défaut, le génie le suspend pour accéder à l’essentiel.
Research Center/Unit :
MéThéor - Métaphysique et Théorie de la Connaissance - ULiège
Disciplines :
Philosophy & ethics
Author, co-author :
Bertolini, Thomas ; Université de Liège - ULiège > Faculté de Philosophie et Lettres > Form. doct. philo. (paysage)
Language :
French
Title :
Le génie comme pur sujet connaissant : contemplation esthétique et dépersonnalisation de la création chez Schopenhauer