[fr] Cette intervention propose une lecture deleuzienne de la matière en rompant avec la tradition hylémorphique qui la pense comme un substrat passif informé par des formes. À partir d’une généalogie critique (Kant, Maïmon, Spinoza, Simondon, Artaud), elle montre comment la matière devient progressivement un principe actif de genèse. Chez Kant, la matière reste un donné sensible passif ; avec Maïmon s’esquisse déjà une pensée génétique des formes ; Spinoza permet de concevoir l’être comme intensité et puissance ; Simondon pense la matière comme milieu d’individuation ; Artaud révèle sa dimension vitale et anti-judiciaire.
Chez Gilles Deleuze, cette transformation aboutit à une ontologie de l’immanence : la matière n’est ni substance ni support, mais champ d’intensités, flux et opérations. Dans Différence et répétition, elle est pensée comme différence intensive d’où émergent formes et qualités ; dans L’Anti-Œdipe et Mille plateaux, comme circulation de flux sociaux et désirants organisés par des coupures et des strates ; dans Logique de la sensation, comme matière picturale capable de produire directement la sensation. La thèse centrale est que les formes ne précèdent pas la matière : elles résultent toujours de son travail interne. La matière est ainsi définie comme opérativité impersonnelle, principe de création du réel, du sensible et du pensable.
Disciplines :
Philosophy & ethics
Author, co-author :
Bertolini, Thomas ; Université de Liège - ULiège > Faculté de Philosophie et Lettres > Form. doct. philo. (paysage)
Language :
French
Title :
Sous la peau du monde, une lecture deleuzienne de la matière