Abstract :
[fr] À l'heure actuelle, les entreprises sont de plus en plus régulièrement confrontées à l'obligation de fournir des informations environnementales sur leurs produits, que ça soient pour des clients directs (B2B, B2C) ou pour répondre à des exigences des autorités (régionales, nationales ou européennes).
Si les bases de données sont relativement bien développées pour ce qui concerne les éléments les plus courants (que ça soit ecoivent, Sphera, Carbon Minds, ...), de nombreuses substances que l'on peut regrouper sous le vocable "d'additifs" restent non documentées.
Plusieurs causes se cumulent, que ça soient les faibles volumes produits qui ne justifient pas la mise en œuvre d'une modélisation spécifique, mais aussi - surtout ! - les difficultés liées à la confidentialité et au secret de leur formulation.
Des exemples typiques sont les plastifiants pour les bétons, ou les retardateurs de flamme.
La concurrence dans le secteur rend la collecte des données très complexes, de nombreux barrages s'élevant même en proposant des accords de confidentialité (NDA).
La plupart du temps, des données génériques d'arrière-plan relativement vagues sont intégrées dans les modélisations : au mieux "plastifier" avec quelques vagues indications ou l'utilisation d'un proxy comme "ethylene oxide" (pour un "superplastisizer dans le béton, dans ecoinvent), au pire "chemical, organics (par exemple pour l'additif "water reducing admixture", idem).
Typiquement dans une base de données telle qu'ecoinvent, des additifs ajoutés en faible quantité sont approximés par le "chemical, (in)organic" – qui reprend quelques substances les plus représentatives de ces catégories, dans une philosophie du "c'est mieux que rien".
Les bases de données plus spécifiques telles que celle proposée par Carbon Minds ne documentent pas non plus des substances, et une entrée sur mesure devient très coûteuse.
L'évolution des réglementations telles que REACH ont heureusement entraîné la production de fiches de données de sécurité, qui indiquent les substances (au moins potentiellement problématiques) entrant dans la composition d'un produit. À partir de là, une tentative de modélisation peut être faite en se plongeant dans les arcanes de la chimie de synthèse et en estimant les consommations énergétique à partir d'autres procédés de la même familles qui sont accessibles dans les bases de données. On notera bien entendu que ces procédés sont souvent non spécifiques mais des valeurs moyennes considérées comme représentatives !
Reste que pour des produits "technologiques" tels que tissus anti-feu, la comparaison entre différents produits ayant la même fonctionnalité (par exemple résister au feu pendant un temps donné) devient complexe, puisque ce qui peut faire la spécificité d'un nouveau tissu aux performances supérieures ne peut être caractérisé avec précision et donner des valeurs de son impact environnemental erronées, qu'elles soient sur- ou sous-estimées.
Dans le contexte d'un marché hyperconcurrentiel où les performances techniques ne sont plus un argument suffisant pour conquérir les contrats mais où les performances environnementales doivent également convaincre les clients, l'établissement d'analyses du cycle de vie de ces produits pose une question complexe tant au producteurs qu'aux experts en ACV chargé d'établir les fiches de déclarations environnementales réclamées par le marché. La même question se pose bien entendu en amont au niveau de l'écoconception : un produit innovant doit non seulement faire preuve de son efficacité, mais aussi de sa "vertu" environnementale sous peine de rencontrer des blocages pour sa commercialisation, que ça soit sa mise sur le marché ou son attractivité.
Le propos de cette présentation est de mettre en lumière ces difficultés, et de proposer les pistes que nous explorons dans notre pratique pour tenter d'y répondre le plus rigoureusement possible.