Abstract :
[fr] Ces dernières années, nos sociétés contemporaines ont fait face à la multiplication et la superposition de crises multiples à différents niveaux, un phénomène qualifié de polycrise (Morin, 1999). A l'heure où les normes et repères qui structuraient le passé laissent place à une modernité devenue "liquide" (Bauman, 2007), mouvante et changeante, la sexualité humaine est elle aussi traversée de transformations. Reposant jusqu'alors principalement sur un modèle hétéronormatif organisé par la morale religieuse, la sexualité a longtemps été appréhendée comme une pulsion naturelle constitutive de l’espèce humaine (Robinson, 1976). Depuis le siècle dernier cependant, les référentiels normatifs de la sexualité ont changé pour la situer moins du côté de l’inné que de la culture et de la société (Parker, 2009). De la diversité sexuelle à l'égalité des genres (Russel & Fish, 2019), en passant par la distanciation du contrôle social opéré par les institutions dominantes (Caltabiano et al., 2020), la sexualité moderne est devenue une voie vers la liberté et la réalisation individuelle, déconnectée des enjeux de procréation (Giddens, 1993). Ce changement de paradigme situe la sexualité comme un concept central de l'identité (Ullman, 1995). Pour autant, la crise en temps que moment de déstabilisation (Dinga, 2025) est aussi source de paradoxes (Russel & Fish, 2019). Si des avancées considérables sont ainsi menées en matière de diversité sexuelle, d’équité et d’inclusion, des mouvements régressifs le sont tout autant, comme c’est actuellement le cas aux Etats-Unis (Seto, 2025). Comment dès lors appréhender cette mise en tension ? Cette communication se veut être une contribution réflexive à ce débat, à partir du cas du consentement sexuel, de son émergence contemporaine en tant que concept scientifique et des défis et enjeux qui entourent sa complexité.
[en] In recent years, contemporary societies have been facing an increasing proliferation and overlapping of crises at multiple levels, a phenomenon referred to as “polycrisis” (Morin, 1999). At a time when the norms and reference points that once structured the past are giving way to a “liquid” modernity (Bauman, 2007), fluid and constantly changing, human sexuality is likewise undergoing profound transformations. Long grounded primarily in a heteronormative model shaped by religious morality, sexuality was for a long time conceptualized as a natural drive inherent to the human species (Robinson, 1976). Since the twentieth century, however, the normative frameworks surrounding sexuality have shifted, locating it less in the realm of the innate than in that of culture and society (Parker, 2009). From sexual diversity to gender equality (Russel & Fish, 2019), along with the loosening of social control exercised by dominant institutions (Caltabiano et al., 2020), modern sexuality has come to be framed as a pathway to freedom and individual self-realization, decoupled from procreative imperatives (Giddens, 1993). This paradigm shift positions sexuality as a central component of identity (Ullman, 1995). At the same time, crisis - understood as a moment of destabilization (Dinga, 2025) - is also a source of paradoxes (Russel & Fish, 2019). While considerable progress has been made in the areas of sexual diversity, equity and inclusion, regressive movements have likewise been gaining traction, as is currently the case in the United States (Seto, 2025). How, then, should we apprehend this tension? This paper offers a reflexive contribution to this debate by examining the case of sexual consent, its contemporary emergence as a scientific concept, and the challenges and stakes associated with its complexity.