Abstract :
[fr] La loi du 2 octobre 2017 réglementant la sécurité privée et particulière constitue le socle de l’intervention des agents de gardiennage en Belgique. Si cette loi fonde le pouvoir et la légitimité de ces acteurs privés, elle mentionne également de nombreuses interdictions. Dans ce cadre, le secteur de la sécurité privée a-t-il des compétences sur la voie publique en Belgique ? En principe, la réponse à cette question est négative : ces entreprises sont principalement compétentes dans la sphère privée. Cependant, l’article 115, 5° de la loi de 2017 confère aux agents de gardiennage le pouvoir de dépasser les bornes privées pour intervenir sur la voie publique afin de surveiller et contrôler des personnes dans le cadre d’une mission de maintien de la sécurité. À travers la présente contribution, deux objectifs sont poursuivis. D’une part, d’un point de vue empirique, l’objectif est de comprendre le dispositif sécuritaire « innovant » mis en place à Charleroi (première ville belge à recourir aux zones Vigilis), ses raisons, ses objectifs, mais aussi la position des différents acteurs concernés. D’autre part, d'un point de vue théorique, questionner le rôle du secteur privé dans l’espace public à travers un tel mécanisme permet d'étudier la dynamique de « pluralisation du policing » à l’œuvre, le modèle relationnel (police - sécurité privée) généré par un tel dispositif, mais aussi – face à une logique de privatisation (croissante, et parfois latente) de certaines tâches policières – ce qui fonde encore la fonction de police, son institution, et donc… son pouvoir.