Doctoral thesis (Dissertations and theses)
Approches centrées sur les forces des mineur·es en conflit avec la loi : validation scientifique d'outils standardisés basés sur les facteurs de risque et les forces des jeunes en centres éducatifs de privation de liberté
Brassine, Nadège
2025
 

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Keywords :
Délinquance juvénile; Risque de récidive; Facteurs de risque; Facteurs de protection; Forces; Motivation à la prise en charge; Alliance thérapeutique; Climat social; Désistement; Criminologie positive; Modèle Risque-Besoin-Réceptivité
Abstract :
[fr] L’évaluation du risque de récidive en vue de la réinsertion occupe une place centrale dans la Justice des mineur·es à travers le monde. Pour réaliser cette évaluation, le recours à des outils standardisés est bien établi dans les pays anglosaxons et de plus en plus répandu dans certains pays francophones. Ces outils reposent essentiellement sur l’évaluation des problématiques des jeunes, au travers des facteurs de risque. Le développement des approches centrées sur les forces, au tournant de la psychologie positive (années 2000) et de la criminologie positive (années 2010), a incité les chercheur·euses à développer des outils qui évaluent les aspects positifs des jeunes en conflit avec la loi, principalement sous la forme de facteurs de protection (présence d’un effet protecteur). Dès lors, sous l’impulsion d’une volonté politique, lors de la réforme de la Justice des mineur·es en 2018, la Belgique francophone s’est munie de deux outils d’évaluation standardisés du risque de récidive, nommés ensemble ERiFoRe, pour mener sa mission d’évaluation en résidentiel (Service d’EValuation et d’ORientaiton; SEVOR) et en ambulatoire (Équipe Mobile d’Accompagnement; EMA). L’un évalue les facteurs de risque des jeunes en conflit avec la loi (Youth Level of Service/Case Management Inventory; YLS/CMI) et l’autre, leurs forces (Strengths Structured Assessment for Youth; S/SAY). Le YLS/CMI, conçu au Canada au début des années 2000, possède de bonnes propriétés psychométriques validées à l’international, alors que la validité scientifique du S/SAY, développé en 2020 en Belgique francophone, n’a jamais été vérifiée à ce jour. Ce dernier est innovant dans le sens où il évalue les forces, c’est-à-dire des aspects positifs qui ne présentent pas (encore) un effet protecteur. Ainsi, au sein d’un devis de recherche mixte, notre thèse de doctorat vise à valider scientifiquement (propriétés psychométriques et validité sociale) le YLS/CMI et le S/SAY en contexte belge francophone, en particulier son utilisation au sein des SEVOR. Nos travaux prennent la forme d’une thèse à articles qui comprend trois articles scientifiques (considérés comme des chapitres) et des sections additionnelles (liant ou complétant les articles entre eux). Nous commençons par introduire nos travaux doctoraux en balisant la place des pratiques probantes en criminologie et en retraçant l’avènement de la criminologie positive et des approches centrées sur les forces. La perspective de combiner ces approches à un niveau théorique, mais aussi pratique, c’est-à-dire dans le contexte de la Justice des mineur·es en Belgique francophone, est explorée. Plus globalement, le positionnement épistémologique de la chercheuse, les objectifs de recherche et l’organisation de la thèse sont présentés. Au chapitre 1, après avoir exposé l’intérêt d’évaluer les aspects positifs des jeunes (y compris ses perspectives) et clarifié les enjeux conceptuels autour des concepts de facteurs de protection et de forces, nous avons présenté la mission d’évaluation telle qu’elle est pensée en Belgique francophone. Ensuite, nous nous sommes intéressés aux propriétés psychométriques du YLS/CMI et du S/SAY au sein des SEVOR belges francophones. Au chapitre 2, avec un échantillon exclusivement composé de garçons en conflit avec la loi (n = 262), nous mettons en évidence que, malgré une validité prédictive et un accord inter-juges plus faibles en comparaison à d’autres études internationales, le YLS/CMI présente globalement de bonnes propriétés psychométriques. Quant au S/SAY, il démontre une consistance interne acceptable à bonne et un accord inter-juges faible à modéré. Toutefois, il ne permet de prédire que la récidive violente et n’améliore pas la précision de la prédiction par rapport au YLS/CMI. A ce stade, nous expliquons les propriétés psychométriques du S/SAY par la nécessité pour les professionnel·les de développer des compétences spécifiques en lien avec l’évaluation formelle des forces et l’hypothèse pour des recherches futures selon laquelle S/SAY pourrait avoir un effet indirect plutôt que direct sur la récidive, car cette relation serait médiée par la motivation à la prise en charge. Dans la section 1, nous nous intéressons plus fondamentalement à la question du genre et ce, principalement au sein des outils d’évaluation YLS/CMI et S/SAY. Ainsi, avec un échantillon exclusivement composé de filles (n = 42) et malgré sa petite taille, les résultats obtenus, en particulier l’accord inter-juges et la validité divergente, se révèlent prometteurs. Toutefois, nous n’avons pas pu investiguer la validité incrémentale, car aucun des deux outils ne permet de prédire la récidive, peu importe la catégorie. Au-delà des propriétés psychométriques et au travers d’un échantillon mixte basé sur la combinaison des deux échantillons mobilisés pour l’étude des propriétés psychométriques (n = 304), nous avons découvert, à titre exploratoire, que davantage de facteurs de risque étaient attribués aux filles, alors que plus de forces étaient reconnues aux garçons. Pour comprendre ce résultat, nous avançons et développons l’idée d’une lecture paternaliste qui serait appliquée aux filles par les professionnel·les des SEVOR. Aussi, certains domaines de vie sont plus présents chez les filles ou les garçons selon qu’ils renvoient à des facteurs de risque ou des forces. N’étant pas en mesure de nous prononcer sur la nécessité d’outils d’évaluation sexospécifiques des facteurs de risque et des forces en Belgique francophone, nous recommandons tout de même de tenir compte du genre dans les plans d’intervention des jeunes filles, en lien avec les domaines auxquels elles seraient davantage sensibles. Puis, au sein de la section 2, nous réfléchissons de manière approfondie la variable de récidive (ses définitions, ses terminologies apparentées, ses limites et ses enjeux). A la suite de cette réflexion, nous proposons de regarder en amont de la récidive pour étudier le processus de changement des jeunes en conflit avec la loi admis·es en centres éducatifs de privation de liberté. Sur base d’un échantillon de jeunes en conflit avec la loi admis·es dans les cinq IPPJ belges francophones (n = 139) et dans un design de recherche exploratoire, nous nous intéressons aux variables plus proximales de l’alliance thérapeutique, la motivation à la prise en charge et le climat social. Nous avons identifié que la motivation à la prise en charge est statistiquement associée au climat social, à l’alliance thérapeutique ainsi qu’à la récidive relative aux atteintes aux biens et celle liée aux drogues. Nous suggérons d’ajouter l’évaluation de la motivation à la prise en charge dans les pratiques de prise en charge en centres éducatifs de privation de liberté et de mobiliser des éléments de l’entretien motivationnel avec les jeunes. Plus globalement, nous soutenons que la mesure de la récidive ne devrait pas être évincée des travaux de recherche, mais qu’elle devrait dépasser une vision binaire et être complétée par d’autres variables plus proximales de changement, comme la motivation à la prise en charge. Quant au chapitre 3, il ajoute un volet qualitatif à notre protocole de recherche, sous forme d’entretiens semi-structurés (n = 34). Celui-ci porte sur les perceptions des professionnel·les qui pratiquent la mission d’évaluation en SEVOR. Elles sont étudiées sous le prisme de la validité sociale (acceptabilité des objectifs, procédures et effets). Concernant les objectifs, ils semblent acceptés par l’ensemble des professionnel·les, en particulier la considération des forces avec S/SAY (série d’avantages perçus pour les jeunes et les professionnel·les eux·elles-mêmes). Par contre, l’acceptabilité des procédures et des effets se révèle plus nuancée. Sur les procédures, alors que la structure et le contenu des outils apparaissent comme acceptés par les professionnel·les, sa logique actuarielle et systématique ne semble pas l’être pour certain·es d’entre eux·elles, engendrant principalement un vécu de déprivation. Quant aux effets, les retombées en termes de repères et d’efficacité (guide, confiance, travail en équipe), mais aussi l’accent mis sur la considération des forces dans les pratiques relationnelles, semblent acceptés par les professionnel·les. Toutefois, le cloisonnement des tâches selon les fonctions et la présence de pratiques axées sur le risque peuvent témoigner d’une part d’inacceptabilité. Nous interprétons ces résultats en avançant trois constats. Premièrement, les outils d’évaluation standardisés paraissent faciliter le travail en équipe. Deuxièmement, la mise en œuvre de ce type d’outils nécessite de déconstruire auprès des professionnel·les les freins qu’ils·elles perçoivent. Troisièmement, lorsque ces derniers·ères évaluent formellement les forces des jeunes en conflit avec la loi, ils·elles se placent dans un potentiel rôle d’agent·es formel·les de désistement assisté. Pour terminer, nous formulons des implications pour la pratique, notamment en termes de modules de formation initiale et continue, mais aussi du message à transmettre aux professionnel·les au sujet des outils d’évaluation standardisés du risque de récidive. Après, pour approfondir la mise en œuvre du changement de pratiques, dans la section 3, avec un échantillon identique à celui pour l’étude de la validité sociale, mais dans une logique plus exploratoire et inductive, c’est-à-dire particulièrement investie au sein des entretiens semi-structurés par nos participant·es, nous analysons le cadre institutionnel et organisationnel lié à la mission d’évaluation en SEVOR et les modalités de mise en œuvre de la nouvelle méthodologie d’évaluation. Les professionnel·les soulignent deux freins institutionnels (la temporalité de l’évaluation et l’inadéquation entre le public ciblé et celui réellement accueilli), mais aussi un manque de concertation avec les acteur·trices externes. Sur les modalités de mise en œuvre, ils·elles soulignent le soutien technique et moral de leurs collègues, nourrissant l’esprit d’équipe, ainsi que des activités de co-construction des nouvelles pratiques, impulsées par l’équipe de projet, mais teintées, pour certain·es professionnel·les, d’un manque de suivi institutionnel et en interne aux SEVOR. Pour expliquer les résultats, nous élaborons autour de l’exigeante maitrise des différentes étapes de la mission d’évaluation et plusieurs obstacles institutionnels. Nous discutons également de la manière de mieux former et informer les acteur·trices externes sur la mission d’évaluation et sa méthodologie (notamment, l’utilisation du YLS/CMI et du S/SAY) et de co-construire des points de liaison et de travail commun. Enfin, le chapitre 4 discute de manière complémentaire l’ensemble des données empiriques et poursuit les réflexions proposées dans les chapitres et sections précédents. Il aborde les limites et forces générales de nos travaux doctoraux et propose une analyse de nos expériences épistémologiques en tant que chercheuse en criminologie, spécifiquement à l’égard des jeunes en conflit avec la loi rencontré·es. A la suite, nous exposons cinq réflexions transversales : (1) la contextualisation de la variable de récidive au sein de nos travaux doctoraux, ses limites et ses possibilités en lien avec les approches centrées sur les forces, (2) la nécessaire considération du genre au sein des pratiques d’évaluation et d’intervention, (3) le développement de seuils de forces pour encadrer la dérogation clinique au sein de l’évaluation actuarielle du niveau de risque de récidive, (4) les stratégies possibles autour du plan d’intervention pour soutenir le passage de l’évaluation à l’intervention, et (5) l’importance de réévaluer le risque de récidive. Nous terminons par explorer les perspectives globales de recherches futures et énoncer les recommandations pour le pouvoir politique. Pour conclure, nous illustrons cinq perspectives pour l’avenir de la Justice des mineur·es et au-delà, inspirées par les résultats de nos travaux doctoraux : (1) la priorité donnée à l’intérêt des jeunes dans l’évaluation standardisée de leurs facteurs de risque et de leurs forces, (2) l’opportunité d’étendre la méthodologie d’évaluation aux majeur·es en Belgique, (3) la combinaison nécessaire et possible des aspects positifs et négatifs des jeunes en conflit avec la loi au sein d’une évaluation intégrée, (4) la valorisation à part égale des approches centrées sur les forces et de la gestion du risque, et (5) l’essentielle reconnaissance formelle des approches centrées sur les forces dans la Justice des mineur·es.
Disciplines :
Criminology
Author, co-author :
Brassine, Nadège  ;  Université de Liège - ULiège > Cité
Language :
French
Title :
Approches centrées sur les forces des mineur·es en conflit avec la loi : validation scientifique d'outils standardisés basés sur les facteurs de risque et les forces des jeunes en centres éducatifs de privation de liberté
Defense date :
04 December 2025
Institution :
ULiège - Université de Liège, Belgium
Degree :
Doctorat en criminologie
Promotor :
Parent, Geneviève;  Université du Québec en Outaouais > Département de psychoéducation et de psychologie
President :
Seron, Vincent  ;  Université de Liège - ULiège > Département de criminologie > Pénologie, renseignement et sécurité
Secretary :
Mathys, Cécile  ;  Université de Liège - ULiège > Département de criminologie > Criminologie clinique et interpersonnelle
Jury member :
Van Praet, Sarah;  Institut National de Criminalistique et de Criminologie
Carpentier, Julie;  UQTR - Université du Québec à Trois-Rivières > Département de psychoéducation
Funders :
F.R.S.-FNRS - Fonds de la Recherche Scientifique
Funding number :
1.F.015.22F
Funding text :
Financement FRESH
Available on ORBi :
since 03 November 2025

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