Abstract :
[fr] Cet article aborde une certaine représentation cinématographique de l’expérience gustative, soulignant la capacité de cette dernière à réveiller des souvenirs. L’analyse d’un corpus filmique très éclectique (aussi bien spatialement que temporellement) permettra de déceler trois grandes fonctions de ces épisodes de remémoration, chacun participant à un renforcement du sentiment d’identité chez le mangeur. Par des moyens qui lui sont propres, le cinéma montre comment, en mangeant et donc, dans ces cas précis, en se souvenant, le personnage, envahi par la nostalgie, se reconnecte à ses valeurs profondes enfouies ; en errance identitaire, évite la perte du moi présent en s’accrochant à des habitudes révolues ; ou au gouffre du désespoir le plus total, voire de la mort, parvient à percevoir l’espoir d’un devenir. L’acte de manger, dans les films analysés, n’est pas réduit à une fonction biologique et vitale. Il permet au mangeur de vivre un voyage temporel intérieur, voire initiatique, en reconnectant ce qu’il était hier, ce qu’il est aujourd’hui et ce qu’il sera possiblement demain. L’analyse diégétique se double d’une analyse esthétique, interrogeant d’un point de vue phénoménologique comment l’image, lorsque se mêlent gustation et mémoire à l’écran, est vécue corporellement et sensoriellement – et non plus seulement perçue audio-visuellement –, par le spectateur de cinéma.