Abstract :
[fr] Dans notre ouvrage intitulé "Le discours de la linguistique : Gestes et imaginaires du savoir" (2024) nous cherchons à présenter un miroir aux linguistes en interrogeant leurs manières de dire et de penser par-delà les attendus de description, d’analyse, d’argumentation et de modélisation qui sont ceux de leur science. Dans ce cadre, la notion d’imaginaire nous permet de convoquer les valeurs, les aspirations, les engagements qui, à travers des formes de représentation, rattachent le discours du linguiste à une communauté plus ou moins empirique ou fantasmée. Dans la présente communication, nous nous proposons de faire retour sur notre démarche en mettant en question cette notion d’imaginaire que d’autres linguistes ont employé avant nous, pour d’autres fonctions et parfois en la nommant d’un autre terme que celui, justement, d’imaginaire que nous avons retenu. En pratique, il s’agira d’explorer la variété des constructions discursives dans lesquelles est prise la notion très générale d’imaginaire/idéologie, en analysant les emplois de ces termes dans les travaux de trois linguistes cités dans la bibliographie de l’appel à communication, à savoir Anne-Marie Houdebine (2015), Michael Silverstein (1979, 1998) et Philippe Blanchet (2016). L’hypothèse que nous soutiendrons est que, chez les trois auteurs envisagés, l’utilisation
de la notion est d’abord heuristique et permet de dire et de penser des phénomènes
dépassant les frontières traditionnelles de la linguistique, mais elle conduit de ce fait à
trois limites aporétiques mettant en crise le socle même de la discipline.